Quand j'étais nous 1

 
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Caroline Keppi


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MessagePosté le: Lun 8 Déc - 17:07 (2014)    Sujet du message: Quand j'étais nous 1 Répondre en citant

Je suis revenue dans ce pays maudit dix-huit ans après l'avoir quitté. La fille des voisins de mon ancienne maîtresse d'école m'avait retrouvée sur internet. Moi qui avais toujours pensé avoir disparu en paix. Elle voulait me prévenir que mon vieil oncle venait de mourir et d'être enterré. J'ai réfléchi à la question des mois durant. Allais-je vraiment retourner là-bas juste pour me recueillir sur sa tombe ? Mon oncle était une bonne personne, il fut le seul adulte duquel je ne me méfiais pas lorsque j'étais une petite fille. Il n'y a que les bonnes personnes mortes qui peuvent nous décider à revenir. Je n'ai rien retrouvé -ou si peu- de la ville que j'avais si bien connue. De lourds véhicules rutilants circulaient partout sur des routes goudronnées, bien noires, lisses et brillantes. « Merci l'Union Européenne », pensai-je, pleine de mépris. Les façades des immeubles étaient rénovées, les magasins et banques affichaient des vitrines impeccables et les gens eux-mêmes paraissaient plus propres. Dans mon quartier, ils me reconnurent immédiatement à ma jambe boiteuse et ils se ruèrent sur moi. Ils ne voulaient pas tant savoir comment c'était « là-bas » que de faire de moi le témoin de leur transformation fabuleuse. « Tu as vu les belles routes que nous avons maintenant ? ».


« Votre oncle est mort dans son sommeil », me racontait la fille des voisins en me conduisant à sa tombe, une petite tombe modeste, un monticule de terre dans lequel on avait fourré une bruyère maigrelette, surmonté d'une croix en bois. « Merci mon oncle, priai-je, merci pour ta gentillesse. J'espère que tu reposes en paix auprès de ton Dieu ». La fille des voisins m'emmena ensuite chez la vieille maîtresse d'école. Elle tenait à me voir, semblait-il. Je grelottais. Pourquoi donc ? Cette vieille bique n'avait eu de cesse de nous humilier et de nous battre. Par curiosité, c'était évident. Elle voulait voir comment se portait la boiteuse. Je me laissais faire. Elle m'accueillit dans sa vieille maison moisie et je me réjouis de voir qu'aucun de ses enfants n'avaient jamais songé à remplacer la tapisserie jaunie qui tombait en lambeaux. Elle était seule, une bonne dizaine de chats miaulant autour d'elle, mais seule. La vieille folle aux chats qui vit dans une maison moisie à l'odeur d’ammoniaque répugnante. Enfant, je n'aurai pas imaginé meilleure fin pour elle. Je décidai de respirer par la bouche, répondis aux questions de façon vague, refusai de toucher à ma tasse de thé. Avant de prendre congé, je demandai de ses nouvelles. « Oh, il est tombé du haut d'un pin il y a quelques semaines. Il voulait se débarrasser d'un nid de chenilles processionnaires. Évidemment, il a grimpé là-haut sans être sécurisé. Tu sais, il n'a pas changé, il est toujours aussi casse-cou. En tous cas, il a été bien amoché. Tu devrais lui rendre visite, cela lui ferait du bien! ». À l'entendre parler ainsi, avec cette familiarité, comme si elle le connaissait vraiment, à me conseiller, à moi, d'aller le voir, lui, elle me donna l'envie de lui tordre le cou comme à une oie.


Je découvris avec soulagement que la maison n'avait pas bougé. Certes, elle était grise et laide et le jardin était laissé à l'abandon. Mais ce n'était ni mieux ni pire qu'avant. Seul le fameux pin avait continué de prendre de la hauteur. Je frappai à la porte déglinguée en bois, la poussai du bout des doigts et elle s'ouvrit dans un grincement tel que c'en fut presque comique. Je passai la tête à l'intérieur, appelai son nom. J'entendis alors une voix faible qui semblait dire : « Entre ». Dans le couloir, accrochée au porte-manteau, je reconnus immédiatement la vieille, l'épaisse ceinture en cuir du père, celle avec laquelle, il avait tant été frappé par le vieux lui-même d'abord, avant que celui-ci ne crève, saoul comme une barrique, dans son fossé, et qu'on le retrouve au petit matin d'un mois de janvier terrible, quasiment congelé, puis par la mère. J'avançais prudemment, la boule au ventre, avec cette envie subite de foutre le camp d'ici, de me télé-porter jusqu'à l'aéroport, non, de me télé-porter jusqu'à chez moi, dans mon appartement coquet, à mille lieux de cet endroit, de cette ville, de lui. Il était là, assis dans l'antique fauteuil en velours vert de la mère, ses longues jambes tendues, ses pieds reposants sur une bûche. Il portait ses bras en croix sur son poitrail, accompagnant ainsi une respiration douloureuse. Mon apparition l'avait plongé dans un état de panique plus intense que le mien. Il me fixait de ses yeux de charbon, noirs, si noirs, ses yeux enfoncés dans un visage meurtri, tout recouvert d'hématomes virant au vert, en dépit desquels je me dis qu'il n'avait pas beaucoup changé. Après un certain temps, il ouvrit la bouche en grimaçant. Des sons indistincts en sortirent. Il s'était manifestement cassé la mâchoire dans sa chute et je réalisai avec un vif apaisement que nous n'allions pas parler.


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MessagePosté le: Lun 8 Déc - 17:07 (2014)    Sujet du message: Publicité

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yves tenret


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Inscrit le: 13 Oct 2014
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MessagePosté le: Lun 8 Déc - 17:54 (2014)    Sujet du message: Quand j'étais nous 1 Répondre en citant

c'est cool Keppi, allons-y, cinq pages par jour et dans trois mois, vous avez un roman !!!


(téléporter sonne débile, hors contexte, refusez vous ces petites coquetteries, ces afféteries)


je vous mes mets moi aussi un texte en ligne maintenant
pas de raison que je ne paye pas mon dû...


(j'ai écris un polar en six semaines, il va paraître en janvier)


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Caroline Keppi


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Inscrit le: 16 Oct 2014
Messages: 16
Localisation: Sèvres

MessagePosté le: Lun 8 Déc - 18:03 (2014)    Sujet du message: Quand j'étais nous 1 Répondre en citant

J'ai écrit un polar l'année dernière. 5 à 7 heures par jour ... Mais... je ne l'ai pas fini.

Allez, je vais voir votre texte.


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yves tenret


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Inscrit le: 13 Oct 2014
Messages: 140
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MessagePosté le: Lun 8 Déc - 18:16 (2014)    Sujet du message: Quand j'étais nous 1 Répondre en citant

si on le lit, on va l'améliorer et peut-être même le finir...

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MessagePosté le: Aujourd’hui à 22:31 (2018)    Sujet du message: Quand j'étais nous 1

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