Quand j’étais mytho. 1965

 
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yves tenret


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MessagePosté le: Lun 8 Déc - 18:07 (2014)    Sujet du message: Quand j’étais mytho. 1965 Répondre en citant

Quand j’étais mytho. 1965 
  
Nicole volait, ça c’est sûr et elle ne volait pas dans les airs, elle volait dans les magasins. Nicole non seulement volait toute seule mais il fut une époque où elle volait aussi, avec un couple de gouine, avec Suzanne et sa copine, et ça, c’était ce que la justice nomme du « vol en bande organisée ». Nicole ne volait pas pour manger, pour survivre, elle volait pour voler.  
  
Nicole mentait. Nicole couchait avec sa sœur. Mais ça, ses parents ne le savait pas. Eux voulaient la faire interner mais pas parce qu’elle volait mais parce qu’elle voulait épouser Jacques et que Jacques militait au Parti communiste et était journaliste au Drapeau rouge et c’est comme ça qu’elle a été sauvée et qu’à la sortie du personnel, rue de l’Évêque, le personnel, cela représentait 2 000 personnes au moins,  des Galeries Anspach, Jacques le Rouge l’a emmené sur sa Vespa avant que l’ambulance de l’Hôpital psychiatrique  ne la kidnappe et nous l’enlève à tout jamais ou nous la rende quelque mois plus tard le cerveau grillé par les électro choc.  C’était pile/poil l’époque de Familly life et un peu avant Vol au-dessus d’un nid de coucou me semble-t-il. Ainsi, heureusement, Nicole n’a pas été internée, et moi, suite à une dispute épique, je me suis barré de chez ma mère et nous sommes partis vivre à la cool et à la colle dans une rue discrète de Berchem Sainte-Agathe. Je dois vous dire que cela n’a pas traîné parce que Nicole était tout le contraire de moi, elle est était du genre plutôt démerde.  
  
Nous nous connaissions depuis longtemps et avions déjà vécu plein d’aventures ensemble. Au début, quand nous nous sommes rencontrés, dans le square en face de chez ses parents, j’avais 13 ans. Là, maintenant, ici, je venais tout juste d’en avoir 17  et elle, elle en avait 20.   
  
Six, sept mois avant ce départ, ma mère avait été convoquée au commissariat. Nous avions été signalé par des voisins.  Leur fils  nous avait dénoncé car, eh oui, ce petit vicieux si sournois passait ses nuits à nous épier.  
  
J’avais pas eu de père et mon beau-père l’Arménien n’aimait pas Nicole, ce qui n’avait pas beaucoup d’importance vu qu’il n’aimait personne. Son enfance a lui n’avait été que soumission, il avait même été en prison pour protéger ces vieux qui avaient donné dans le marché noir pendant la guerre. Pour finir, engagé volontaire  dans les paras commando, il avait fait Corée. Il détestait l’armée mais gardait la médaille qu’il avait obtenu après je ne sais quelle bataille dans le tiroir où il rangeait  ses chemises. C’était un flambeur, il pouvait de temps organiser une partie de passe mais son vice par excellence, c’était le poker et, chose à mes yeux d’enfant entre toutes bizarre, il adorait les teckels.  
  
Ses sœurs étaient pas mal. Bien mieux que mes tantes du côté de ma mère. La grosse avait épousé un type marrant, Edmond, qui lui avait fait plein d’enfants. La maigre, elle, s’était mariée avec un architecte d’origine finlandaise, Walter, homme brillant, toujours affublé d’un nœud papillon et qui s’est suicidé de façon totalement ridicule en 1964. Faudra que je vos raconte ça aussi un jour comme tant et tant d’autres choses encore. André, démobilisé en 1953 ou 54 avait rencontré ma mère peu de temps après et vivait avec elle depuis plus ou moins dix ans. Et bien sûr, cerise délicates, mais belles cousines arméniennes m’impressionnait beaucoup.  
Et dans l’Opel que lui avait filé son père parce que bien sûr tout ce beau monde avait fini par plus ou moins se réconcilier, disons même plutôt avait fini par se résigner, ses parents et ma mère et l’arménien et Dieu sait qui encore, et qu’on se voyait les uns chez les autres bien que moi, je n’ai pas du aller plus d’une fois chez ses parents, et il me semble même possible que je n’y sois jamais allé en leur présence, dans l’Opel, à la chaussée de Gand, je la suppliais à moitié et elle a traversé pour rentrer dans la pharmacie et en est revenue mi gênée mi hilare avec son tube de vaseline à la main et nous sommes remonté dans notre appart et nous l’avons fait et c’était bien et très vite nous avons laissé tomber cette crème grasse et que nous nous sommes aimés et qu’elle m’a sauvé et que j’ai cessé de me vanter, de mentir pour un oui ou pour non et de me lever mon bras au-dessus de la tête dès que quelqu’un me parlait et d’avoir peur, enfin un peu, d’avoir moins peur disons, mais encore aujourd’hui, cinquante ans plus tard, il y a des peurs qui sont là, qui montent la garde. La peur de manquer par exemple… Et ça peut m’arriver encore de me replier, d’avoir les poils du cou qui se dressent, de grogner sans raison particulière. Mais n’avions-nous pas bien spécifié que j’allais raconter des histoires et non pas radoter comme ça mais qu’aussi ça me vient naturellement et que c’est le naturel qui m’a beaucoup manqué et qu’après, il y a les modèles, la solitude du coureur de fond et un gros tas de choses et d’attitudes dérisoires, une montagne à gravir mais il est trop tard, qu’il soit midi, qu’il soit minuit, tu nous emmerdes Docteur Schweitzer. Ce n’est plus la rétention anale qui me sauvera car plus rien ne pourra me sauver : la partie est déjà jouée donc autant se détendre, guincher  lentement sur place, faire la grue, s’enraciner comme un ours, les genoux légèrement plié et chopper d’un geste flegmatique les rares choses qui passent à ma portée. Mais est-ce qu’on peut se payer comme ça sur la bête ? Peut-être pas. En tout cas, restez à l’écoute, c’est une affaire à suivre me semble-t-il. Et, bonne nouvelle d’entre toutes les bonnes nouvelles possibles, Caroline Keppi est de retour… 


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MessagePosté le: Lun 8 Déc - 18:07 (2014)    Sujet du message: Publicité

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Caroline Keppi


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MessagePosté le: Lun 8 Déc - 23:55 (2014)    Sujet du message: Quand j’étais mytho. 1965 Répondre en citant

Bon, il y a des coquilles, des oublis, des fôtes d'orthograf et de gramère. Par ailleurs, je comprends cette confusion emballée que vous créez pour nous, lecteurs, mais ça et là, il conviendrait peut-être de clarifier certains points, de nettoyer un peu. Et quelques virgules supplémentaires n'enlèveraient rien à la frénésie du rythme...

Mais à part cela, c'est un beau texte. Tendre. C'est une histoire d'amour, une confession d'amour. Oui, c'est beau.


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yves tenret


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MessagePosté le: Mar 9 Déc - 12:28 (2014)    Sujet du message: Quand j’étais mytho. 1965 Répondre en citant

Keppi merci un million de fois on va travailler et travailler encore écrire je veux dire et ce sera bien vous verrez et vous me relirez et je vous relirez et on se relira et ça sera bien
voici la version dans laquelle j'ai tenu compte de vos suggestions



Quand j’étais mytho. 1965  
 
   
 
Nicole volait, ça c’est sûr et elle ne volait pas dans les airs, elle volait dans les magasins. Nicole non seulement volait toute seule mais il fut une époque où elle volait aussi avec un couple de gouines, avec Suzanne et sa copine, et ça, c’était ce que la justice nomme du « vol en bande organisée ». Nicole ne volait pas pour manger, pour survivre, elle volait pour voler.   
 
   
 
Nicole mentait. Nicole couchait avec sa sœur. Mais ça, ses parents ne le savaient pas. Eux voulaient la faire interner, pas parce qu’elle volait, mais parce qu’elle voulait épouser Jacques, et que Jacques militait au Parti communiste et était journaliste au Drapeau rouge, et c’est comme ça qu’elle a été sauvée et qu’à la sortie du personnel, rue de l’Évêque - le personnel, cela représentait 2 000 personnes au moins -  des Galeries Anspach,  Jacques le Rouge l’a emmenée sur sa Vespa avant que l’ambulance de l’Hôpital psychiatrique  ne la kidnappe et nous l’enlève à tout jamais ou nous la rende quelque mois plus tard le cerveau grillé par les électrochocs.  C’était pile/poil l’époque de Familly life et un peu avant Vol au-dessus d’un nid de coucou, me semble-t-il. Ainsi, heureusement, Nicole n’a pas été internée, et moi, suite à une dispute épique, je me suis barré de chez ma mère et nous sommes partis vivre ensemble dans une rue discrète de Berchem Sainte-Agathe. Je dois vous dire que si cela n’a pas traîné, c’est parce que Nicole était tout le contraire de moi, elle était du genre plutôt démerde.   
 
   
 
Nous nous connaissions depuis longtemps et avions déjà vécu plein d’aventures ensemble. Au début, quand nous nous sommes rencontrés, dans le square en face de chez ses parents, j’avais 13 ans. Là, maintenant, ici, à ce stade de l'histoire, je venais tout juste d’en avoir 17  et elle, elle en avait 20.    
 
   
 
Six, sept mois avant ce départ, ma mère avait été convoquée au commissariat. Nous avions été signalés par des voisins.  Leur fils  nous avait dénoncés car, eh oui, ce petit vicieux si sournois passait ses nuits à nous épier.   
 
   
 
J’avais pas eu de père et mon beau-père André l’Arménien n’aimait pas Nicole, ce qui n’avait pas beaucoup d’importance vu qu’il n’aimait personne. Son enfance à lui n’avait été que soumission, il avait même été en prison pour protéger ses vieux qui avaient donné dans le marché noir pendant la guerre. Pour finir, engagé volontaire  dans les paras commando, il avait fait la Corée. Il détestait l’armée mais gardait la médaille qu’il avait obtenue après je ne sais quelle bataille dans le tiroir où il rangeait  ses chemises. C’était un flambeur, avec une paire de dés, il pouvait de temps en temps organiser une partie de passe mais son vice par excellence, c’était le poker et, chose à mes yeux d’enfant entre toutes bizarres, il adorait les teckels.   
 
   
 
Ses sœurs étaient pas mal. Bien mieux que mes tantes du côté de ma mère. La grosse avait épousé un type marrant, Edmond, qui lui avait fait plein d’enfants. La maigre, elle, s’était mariée avec un architecte d’origine finlandaise, Walter, homme brillant, toujours affublé d’un nœud papillon et qui s’est suicidé de façon totalement ridicule en 1964. Faudra que je vos raconte ça aussi un jour, comme tant et tant d’autres choses encore. André, démobilisé en 1953 ou 54, avait rencontré ma mère peu de temps après et vivait avec elle depuis plus ou moins dix ans. Et bien sûr, cerises délicates, mes belles cousines arméniennes m’impressionnaient beaucoup.   
 
  
 
Dans l’Opel que lui avait filée son père - parce que bien sûr tout ce beau monde avait fini par plus ou moins se réconcilier avec nous, les parents de Nicole avait accepté la situation et ma mère par passer l’éponge disons même plutôt, cela sera plus juste, qu’ils s’étaient tous résigné - dans l’Opel, à la chaussée de Gand, je la suppliais à moitié et elle a traversé pour rentrer dans la pharmacie et en est revenue mi gênée mi hilare avec son tube de vaseline à la main et nous sommes remontés dans notre appart et nous l’avons fait et c’était bien et très vite nous avons laissé tomber cette crème grasse et  nous nous sommes aimés et elle m’a sauvé et  j’ai cessé de me vanter, de mentir pour un oui ou pour non et de  lever mon bras au-dessus de la tête dès que quelqu’un me parlait et d’avoir peur, enfin un peu, d’avoir moins peur disons, mais encore aujourd’hui, cinquante ans plus tard, il y a des peurs qui sont là, qui montent la garde. La peur de manquer par exemple… Et ça peut m’arriver encore de me replier, d’avoir les poils du cou qui se dressent, de grogner sans raison particulière.  
 
  
 
Mais n’avions-nous pas bien spécifié que j’allais raconter des histoires et non pas radoter comme ça, mais qu’aussi ça me vient naturellement et que c’est le naturel qui m’a beaucoup manqué et qu’après, il y a les modèles, la solitude du coureur de fond et un gros tas de choses et d’attitudes dérisoires, une montagne à gravir mais, qu’il soit midi ou qu’il soit minuit, il est bien trop tard pour tout cela.  
 
 


Dernière édition par yves tenret le Mer 10 Déc - 12:05 (2014); édité 1 fois
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paravox


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MessagePosté le: Mar 9 Déc - 14:02 (2014)    Sujet du message: Quand j’étais mytho. 1965 Répondre en citant

 "La partie est déjà jouée donc autant se détendre, guincher  lentement sur place, faire la grue, s’enraciner comme un ours, les genoux légèrement plié et chopper d’un geste flegmatique les rares choses qui passent à ma portée. Mais est-ce qu’on peut se payer comme ça sur la bête ? Peut-être pas"
La partie n'est pas encore finie...
Il y a comme un parfum de refrain, quelque chose est récurent, quelle sera le prochain coup que vous jouerez?


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Caroline Keppi


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MessagePosté le: Mer 10 Déc - 00:28 (2014)    Sujet du message: Quand j’étais mytho. 1965 Répondre en citant

Et voilà, c'était peu de choses mais il me semble que ce texte est transformé. La fin est particulièrement bien remaniée. C'est une chute réussie. Encore une petite coquille qui nuit à cette si belle phrase : "de me lever mon bras au-dessus de la tête". On enlève le "me".
Aïe, ça m'ennuie de vous flatter Wink, mais je le trouve magnifique, ce texte.


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yves tenret


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MessagePosté le: Mer 10 Déc - 12:08 (2014)    Sujet du message: Quand j’étais mytho. 1965 Répondre en citant

Merci pour tout Keppi. J'ai fais la correction. Sinon, j'en au moins dix autres en chantier, des Quand j'étais et toujours ce putain de rencard avec mon administrateur général, rendez vous auquel j'ai été convoqué par lettre recommandée. Pourquoi la vie me fait-elle ça à moi ? Elle me trouve trop sage en ce moment ? Bon, je vais là-bas et on se reparle quand je reviens, ok ?

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Caroline Keppi


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MessagePosté le: Mer 10 Déc - 19:09 (2014)    Sujet du message: Quand j’étais mytho. 1965 Répondre en citant

Ah mais oui! Pourquoi? Alors que vous n'avez rien fait! Allez, Yves, prenez-vous par les corones et allez affronter ces mal-pensants! 

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yves tenret


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MessagePosté le: Ven 12 Déc - 22:25 (2014)    Sujet du message: Quand j’étais mytho. 1965 Répondre en citant

keppi, j'ai lu deux de vos textes ce matin à la radio en direct, sur MNE. je pense que c'était absolument génial !!! faut qu'on bosse, le truc de la boiteuse, on pourrait en faire une heure, ça serait sexy et je lis de mieux en mieux, je change de voix et tout et tout et je m'améliore sans cesse...

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Caroline Keppi


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MessagePosté le: Ven 12 Déc - 22:50 (2014)    Sujet du message: Quand j’étais mytho. 1965 Répondre en citant

ouhh!! je peux entendre ça quand? Quant à moi, je vais avoir un peu plus te temps (enfin, c'est relatif). Je vais continuer à travailler sur cette histoire.

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yves tenret


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MessagePosté le: Ven 12 Déc - 23:23 (2014)    Sujet du message: Quand j’étais mytho. 1965 Répondre en citant

jamais, je pense, c'était en direct. Mais on va en faire une heure à deux et ça  après, ça sera en pod-cast comme celui ci ou celui d'adrien


https://www.mixcloud.com/radio-mne/camp-disciplinaire-décriture-mixte-alain-freudiger/


http://www.mixcloud.com/radio-mne/camp-disciplinaire-mixte-décriture-intensive-adrien-marie-hardy/


et ce qu'on va faire les deux sera cent fois mieux...









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MessagePosté le: Aujourd’hui à 22:29 (2018)    Sujet du message: Quand j’étais mytho. 1965

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