Quand j’étais toujours en dessous.

 
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yves tenret


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MessagePosté le: Lun 29 Déc - 16:38 (2014)    Sujet du message: Quand j’étais toujours en dessous. Répondre en citant

Quand j’étais toujours en dessous. Lundi, 29/12, 8h10-9h10
 
J’allais voir Corinne dans son atelier de tapisserie. Les Beaux-Arts semblait encore être une suite d’atelier du dix-neuvième siècle, des maîtres, des disciplines, une large autonomie, ce qu’on appelle aujourd’hui, le modernisme, je veux dire les matières plastiques, les rythmes géométriques, le Corbusier, Vasarely, le prof toujours au bistrot, à la Charrette, disons que le modernisme pour les années 80 du XXe siècle, cela semble tardif, c’est le problème du 1%, des arts appliqués, des arts décoratifs, bref, technocratique conviendrait peut-être mieux mais cela n’a aucune importance, elle est rentrée chez elle et aux dernières nouvelles, elle avait épousé un trotskiste du nom de Kriss, un Valaisan qui souriait tout le temps, qui ne parlait jamais, qui faisait de l’histoire de l’art à Lausanne en même temps que moi, et notre séminaire était dans un immeuble, à Saint-Martin, tout en hauteur et en sortant de l’ascenseur, un jour, je me suis dit, il ne parle jamais mais qu’est-ce qu’il est bavard alors que moi qui l’ouvre tout le temps, je ne bavarde jamais. C’est ça, il y a l’essentiel et puis les à-côtés, le flirt. Je privilégiais l’essentiel. Ceci dit, c’est ridicule de prétendre parler de soi. On ne se voit pas, on ne se dédouble pas, en tout cas les meilleurs d’entre nous n’y réfléchissent pas deux fois avant d’y aller, ils foncent tête baissée mais ceux là se font et font mal aux autres ; ce n’est pas là l’essentiel, l’essentiel, c’est que dans une relation, il y a deux personnes et que c’est en cela que cela change à chaque fois, il paraît qu’il y a des recettes et aussi qu’on répète toujours les mêmes gestes, ce goût à l’échec qui vous est si familier car ou sinon vous auriez mieux à faire que d’être en train de m’écouter, non ? La tapisserie en matière plastique, je la voyais décorant des cantines d’enfants en Hollande. Mais rien ne l’empêchait d’être au mur de la salle des fêtes du Partis communiste du coin si ce n’est le déclin de ce parti mais là j’anticipe car la victoire de l’union de la gauche, c’est 1981 et Corinne est venue dans ma chambre de bonne sise au coin Archives/Rambuteau, où j’habitais depuis 1979 et coin qui avait tellement impressionné Enrico Castelnuovo lorsque, de passage à Lausanne, je lui avais dicté ma nouvelle adresse. La dernière fois qu’on s’était vu avant cette fois là, il m’avait dit :
- Comprenez moi bien. C’est pour vous que je ne peux pas vous engagez comme assistant. Lorsque je vais vous demander de me faire des photocopies, vous allez m’envoyer paître et puis, vous ne disposez d’aucune ressource, c’est très mal payé, moi-même quand je suis devenu assistant du professeur Roberto Longhi, j’ai eu droit à un petit sermon, très paternel, le professeur Longhi m’avertissant qu’historien d’art était un métier pour gens riches, qu’il fallait s’acheter un appareil photo sophistiqué, voyager à ses frais, acquérir à titre personnel de nombreux livres et bien d’autres choses encore. Cela fait quatre ans que vous êtes mon assistant-étudiant, je vous connais bien, vous n’avez rien d’un bureaucrate. Et puis, à cause de vous, Erika Deuberg-Ziegler m’a grondé. Elle croit que, face à l’expert, je vous ai laissé tomber, vous savez quand il vous a froidement demandé de détailler la fonction de la métaphore chez André Bazin et que vous êtes resté coït. Mais je ne vous ai pas du tout laissé tomber, seulement, moi non plus, je ne connaissais pas la réponse, que pouvais-je faire ?
De Muralt, lui, un autre de mes profs, de philosophie médiévale, lui, m’avait carrément invité à l’Évêché et m’avait, lui, longuement parlé de lui, André de Muralt, médiéviste, ancien étudiant de Jean Wahl et de Paul Ricoeur, fondateur avec son frère des Éditions Rencontre, brimé ici, dans la capitale du Canton de Vaud, parce que non protestant, parce que catholique, parce que Descartes n’avait rien inventé car Ockham, Guillaume d’Occam, oui, oui, celui du rasoir, le moine franciscain du XIVe siècle…
Ça, et mes cours intensifs de latin pour grands commençants, mes cours de linguistique historique, divers aperçus de l’Indo Européen et les cours de Castelnuovosur des chapelles dans les Alpes ou sur la peinture siennoise, et Jacques Gubler, un an sur l’architecture éphémère, pur bonheur, les cours commençaient à 8h30 et ne première année, c’était quarante cinq heures de cours par semaine et j’avalais tout ça tout rond et j’en voulais encore et encore et encore. Je lisais au bistrot, je vivais au bistrot, l’Évêché était ma deuxième maison.
Dix à douze livres sur Jean-Jacques Rousseau, mon premier exposé et au lieu de parler, comme les autres, pendant trois quarts d’heure, j’ai parlé sans arrêt, sans aucune pause, pendant une heure et demie et personne n’est sorti. C’était gagné ! Cet exposé, je l’avais écris avec Françoise Voelin et elle, elle était restée dans l’ombre et sans doute qu’elle en souffrait et qu’elle en souffre encore… Joli blues, non ? Née pour souffrir…
Quant à Corinne, 6, 7 ans plus tard, elle venait me voir, enfin, je crois me souvenir que la plupart du temps, c’est moi qui me déplaçais, nous allions à l’Aquarelle qui était en face de la Palette, rue de Seine, l’Aquarelle, rade lui plus modeste que la Palette, plus rapin, plus bohème, moins mélangé, où il n’y avait pas de bourgeois qui venaient s’encanailler,  et où les boissons se vendaient nettement moins cher, et nous buvions sec, bières puis des petits schnaps, avant de rentrer chez elle ou chez moi. Je ne sais pas pourquoi, elle avait besoin de boire ainsi. Elle venait chez moi, néanmoins, à tout heure du jour et de la nuit, même à jeun, quand ça lui passait par la tête, ou qu’un besoin la démangeait, ou qu’elle paniquait, qu’elle en avait marre de vivre seule depuis si longtemps, de vivre à l’étranger, marre de n’avoir personne à aimer. Je crois qu’elle buvait pour se donner entièrement, complètement, pour s’abandonner, pour être plus passionnée que la passion elle-même mais pourtant, c’était elle qui, mine de rien, commandait, elle qui décidait de quoi, de quand et de comment, elle qui dans ses hauts talons rouges s’accroupissait sur ma petite bite dure, dressée telle une obélisque miniature.
Corinne était entière, passionnée et elle voulait m’épouser. Je sais que cela n’a aucun sens. En fait, je ne vous l’ai pas encore dit mais je crois qu’elle était complètement désespérée et cela aussi, il faudra que je vous le raconte un jour…
 


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MessagePosté le: Lun 29 Déc - 16:38 (2014)    Sujet du message: Publicité

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paravox


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MessagePosté le: Lun 5 Jan - 14:53 (2015)    Sujet du message: Quand j’étais toujours en dessous. Répondre en citant

Est ce que tout ce que vous écrivez est vrai ou est ce seulement un bribe qui se brode?

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yves tenret


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MessagePosté le: Lun 5 Jan - 14:57 (2015)    Sujet du message: Quand j’étais toujours en dessous. Répondre en citant

Je ne comprends pas la question. Rien n'est vrai, tout est permis, non ?

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paravox


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MessagePosté le: Mar 6 Jan - 17:20 (2015)    Sujet du message: Quand j’étais toujours en dessous. Répondre en citant

Tout est permis effectivement, ma question est con, d'accord.
J'ai plongé dans ce texte. Je suis trop facilement impressionnable.
Je sais pourquoi j'avais peur de vous, vous savez trop de choses.


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yves tenret


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MessagePosté le: Mar 6 Jan - 18:06 (2015)    Sujet du message: Quand j’étais toujours en dessous. Répondre en citant

Personne n'a peur de moi. C'est impossible. J'ai trop de faiblesses pour faire peur...

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MessagePosté le: Aujourd’hui à 01:35 (2018)    Sujet du message: Quand j’étais toujours en dessous.

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