Quand j'étais l'odeur du sang.

 
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Amélie


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MessagePosté le: Dim 19 Oct - 09:59 (2014)    Sujet du message: Quand j'étais l'odeur du sang. Répondre en citant

Quand j’étais l’odeur du sang.

Vers six ans, j’ai perdu ma dent de lait. Maman rigole. Je pleure. Je veux des bras. On m’embrasse, on me câline, on me tète les poignets, je m’accroche à la chaleur hurlante de l’odeur maternelle. Elle est brute l’odeur, elle a un goût, comme si je léchais la porte du TGV, comme une petite mort. Ma dent est partie, premier abandon. Pourquoi m’a-t-elle quittée? Mon corps va se scinder en des milliards de morceaux de chair, je vais disparaître.

Je sais comment on fait les bébés depuis le berceau. Je mets le nez sur ma culotte. Ca sent rien. Ah si, un peu le bus qui démarre. Y a des tampons dans le placard des WC ! crie Maman. Tu sais faire ? Ben oui. Boucher un trou, faut pas être surdoué pour apprivoiser le geste. Je mets le truc. Eh Maman, c’est une mini-bite ! Amélie, t’en sais pas grand-chose de ce que c’est une bite, alors bon... J’entends ma soeur qui se marre. Connasse si je sors de là vivante je t’éclate la tronche. Putain ça fait mal ! Je disparais encore un peu, quand c’est pas les dents c’est le sang. J’en perds tellement. A l’hôpital, on dit anémie. Oh je vais vraiment mourir, je pourrai plus remanger les tuiles aux amandes de Mamie Dupont ! Et mettre les doigts dans les cicatrices de guerre de Papé, comme avant, qu’on rigolait comme des débiles avec les cousins à le chatouiller, à faire rentrer nos petits doigts boudinés dans les trous d’obus que lui avait laissé tonton Hitler en souvenir. J’y aurais bien mis du ciment là-dedans, ça tient mieux que le plâtre. Merde. Et Mamé. Faudra lui dire que j’ai mes règles Maman ? Maman rigole. Surtout pas, elle va encore plus te détester. On lui dira plus tard, quand t’auras l’âge. Plus tard, quand elle aura crevé ? On dit pas CREVER Amélie ! Surveille ton langage. C’est quand même ta grand-mère. Oui mais elle saigne plus elle. Elle sert plus à rien. Puis franchement, Mamé, quand elle crèv... mourra... J’ai chopé ma soeur et lui ai collé une belle pêche sur l’oeil droit. En souvenir, pucelle ! Je l’ai griffée, elle saigne, c’est rigolo.

Le dépuceleur est en route et me fera sentir la troisième odeur de toi. Mon sang. C’est quoi ce putain d’hymen qui sert à rien ? Ce truc bien catho fait pour nous en faire baver à nous les meufs, pendant que ces petits trous du cul s’excitent comme des têtards frétillants ? Ce truc qui fait que t’étais direct prise en flag’ quand tu t’étais faite violer par ton nouveau mari ? Bon stop là, je gueule. Arrête, ça fait mal. Nan je rêve ce con il continue. J’AI DIT STOP ARRETE CA FAIT MAL ! Pfiou. L’abruti. Il est tout penaud avec ses trois allers-retours. Sa queue toute molle qui pendouille. Bon je l’ai cassé dans son délire. Mais il pourra dire qu’il l’a fait et moi aussi. Tope-là, marché conclu. Quoi c’est tout ? Oui c’est tout. Il me dégoûte déjà, faut que je change de crèmerie. Je veux un mec qui assure grave. Comme le mec à Marie, il paraît qu’il fait des trucs de dingue avec sa langue. L’aut’ y m’a même pas caressée. Ca sent rien. De toute façon si ça sent lui je veux pas sentir. Je préférais ma dent de lait.

L’odeur de mes tripes qui me rattrape. Ca y est c’est le jour ! Aux aguets, en grognant je renifle. Je cherche mon petit, tout passe à la moulinette de mes narines, c’est truffé de saloperies de lions ici. J’en mords un, il me bouffe le cul. On me le sent, parfois. Un mâle. Je lui ai croqué l’oeil. Je trottine maintenant, la sueur perle sur l’échine puante de ma fourrure poussiéreuse. Je pisse partout, qu’il me suive pas. Il est nulle part. Il s’est fait bouffer lui aussi ? Pas possible j’étais là, traînant mon placenta dans l’odeur de mes proies. Je m’en fous d’être lamentable, pitoyable, nauséabonde. Ca y est. Ca sent le fer, le souffre, la peur. Il est là, devant moi, couché sur le côté. Je le renifle encore un peu, avant qu’il ne sente plus rien. Il a un peu gémi, a réussi à me regarder. Alors je lui ai tout dit. La mort, qu’on savait rien, qu’on avait juste l’odeur du sang pour savoir qu’elle arrive, Dame Faucheuse. Son hurlement silencieux n’a même pas résonné, un petit sifflement s’est échappé, les yeux clos, l’odeur de notre sang commun répandue dans l’air. Bon vent. 


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MessagePosté le: Dim 19 Oct - 09:59 (2014)    Sujet du message: Publicité

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