Quand j’étais l’homme dans ta tête

 
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Caroline Keppi


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MessagePosté le: Mer 29 Oct - 18:06 (2014)    Sujet du message: Quand j’étais l’homme dans ta tête Répondre en citant

Quand j’étais l’homme dans ta tête


Tu te demandes encore pourquoi c’est tombé sur toi mais tu perds ton temps avec ces questions inutiles ; tu n’es pas mieux ou pire qu’un autre. De même, on ne demandera pas à la colonie de pucerons pourquoi elle a choisi telle rose plutôt que telle autre. Ce que je peux te dire, c’est que je t’ai tout de suite bien senti et j’ai immédiatement décidé de m’installer chez toi. Je me suis aménagé une petite cellule dans ta tête avec une simple chaise et un microphone.

Souvent, tu as voulu me chasser en te prenant ta tête entre tes mains et en la secouant dans tous les sens – non mais franchement, tu pensais sérieusement que tu allais te débarrasser de moi comme ça ?! J’allais peut-être ressortir de ta tête par les oreilles ou les narines ?!! – ou en te fracassant le front contre les murs. Mais mon pauvre, la seule chose que tu réussis à obtenir quand tu es dans cet état, c’est une bonne migraine.


Je sais qu’au fond, tu ne peux pas te passer de ma présence. D’ailleurs sans moi que serais-tu ? Je vais te le dire : tu serais tout seul. Et puis, tu dois bien admettre qu’on prend du bon temps, toi et moi. Regarde, je t’ai même conduit à Paris. C’est quand même la capitale et tu n’y avais jamais foutu les pieds ! Tes parents, tout rabougris qu’ils sont, du fond de leur bled n’avaient jamais effleuré l’idée d’y aller. Quand tu penses que le monde entier se bouscule pour voir la Tour Eiffel, il y a de quoi se trouver con. Moi je t’ai dit « Vas à Paris et escalade la Tour Eiffel ». Et tu as pris le train jusqu’à la gare du Nord, tu as demandé ton chemin et tu t’es rendu au pied de la Tour Eiffel. Bon, c’est vrai que tu n’es pas monté bien haut. Les autres, les bien-pensants, ils t’ont arraché à la ferraille. Toi tu t’agrippais très fort, tu t’agrippais de toutes tes forces, sans même desserrer la mâchoire. Tu as fait de ton mieux, mec, vraiment. Et ça n’a certes pas marché mais tout de même, c’était beau.


Et puis rappelle-toi, l’autre jour, la rossée que tu as mise à ton père. Il faut dire qu’il ne l’avait pas volée. À se traîner devant nous avec son œil vide et sa joue pendante. À feindre la tristesse, alors que derrière sa mine de bon papa gentil, il nous déteste et nous méprise avec une violence sournoise inouïe que toi et moi ne pouvons pas comprendre. Ah, oui, il l’avait bien méritée sa raclée. Tu lui as bien flingué les genoux quand tu l’as jeté sur le carrelage de la salle de bain. Ah, bon sang comme il grouinait. Et comme il miaulait à la fin. «Non, non pitié !», miaulait-il, ses mains devant le visage pour se protéger du dernier coup de botte. Comme il était pathétique alors, le coude sur le bidet. Non mais, c’est pas franchement l’éclate, ça, de battre son père ?! Ce n’est pas dans l’ordre des choses. Moi, j’aime bien tout ce qui n’est pas en ordre. Après, c’est sûr, on paie les os cassés, surtout moi, en fait.


Les piqûres, l’isolement, tout ça, ça me fatigue. Ce n’est pas comme si je mourrais. Ils le savent bien eux-mêmes, c’est impossible de me faire crever. Mais, c’est étrange, d’une certaine façon, je disparais, je perds de ma vigueur, et surtout je perds ma voix. Ce qui me fait le plus mal, c’est de te voir couché là, inerte, inintéressant, tout gris et tout rabougri comme tous les autres. Il n’ y a rien à faire quand c’est comme ça. Rien, sinon attendre, ensemble. Attendre qu’on nous sorte de là. C’est parfois très long et tu désespères. Mais moi, j’ai beau être affaibli, j’ai de la confiance pour deux. Je songe à l’avenir. Et je ne sais pas si tu m’entends parce que ma voix est presque éteinte mais je te le souffle doucement : je ne te laisserai pas tomber.


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MessagePosté le: Mer 29 Oct - 18:06 (2014)    Sujet du message: Publicité

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yves tenret


Hors ligne

Inscrit le: 13 Oct 2014
Messages: 140
Localisation: paris

MessagePosté le: Mar 4 Nov - 10:40 (2014)    Sujet du message: Quand j’étais l’homme dans ta tête Répondre en citant

Et comme les grues qui font dans l'air de longues files vont chantant leur plainte, ainsi je vis venir traînant des gémissements les ombres emportées par cette tempête. DANTE - c'est horrible, les mots sont mon Mister Hyde, ils me violent sans arrêt, et là ils viennent de se ruer en moi, autour de moi, une ronde frénétique, comme un vol de gerfaut hors du charnier natal, je vous jure, voilà ce que je viens d'entendre : "Quand j'étais la meuf dans ta tête ! Mange tes morts ! Tu vas voir ton petit cul ma petite Keppi !!!" C'est dingue, non ? Vous croyez que je devrai aller voir un médecin, prendre des calmants, du bromure ???

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