Quand j'étais sa femme

 
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Caroline Keppi


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MessagePosté le: Jeu 16 Oct - 19:15 (2014)    Sujet du message: Quand j'étais sa femme Répondre en citant

Quand j'étais sa femme

Quand j'étais sa femme, j'étais la plus heureuse. Tout ce qui s'était passé avant, tout ce qui se passe depuis, tout ça, c'est des quetsches avec de la sauce et de la moutarde, comme on dit. Ce que j'aimais le plus, c'était le rendre beau. Je lui repassais ses chemises, vous auriez vu ça, on aurait dit un baron. Des chemises blanches, comme les costumes, les chaussures et les chapeaux. Tout était blanc. Toujours. C'est bien plus joli avec la peau noire. C'est très classe, vous comprenez. C'est lui qui me l'a appris. Moi avant, j'avais jamais repassé de ma vie. Mais c'est normal, parce que, comme il disait souvent, dans ma famille, j'avais rien appris. Pas même à me peigner les cheveux, comme il disait. Au début, j'y arrivais pas. Tu repasses le devant, puis le dos, tu t'appliques, tu crois que c'est impeccable mais tu retournes le machin et tu vois que de nouveaux plis se sont formés devant. Là, c'est la merde, si je peux me permettre. Et puis les manches, les épaules, c'est très délicat. J'vous jure, j'en ai passé des heures à essayer. J'en ai même chialé. J'y arrivais pas. Un jour il m'a envoyé le fer à repasser dans la gueule. BING ! Bon, il était pas chaud, hein, mais quand même, ça fait son effet. Ça m'a fracassé la pommette. Je savais même pas qu'on pouvait se casser la pommette ! Mais en fait y'a beaucoup d'os dans le corps humain. Après ça, j'ai appris à repasser à la perfection. J'vous dis, on aurait dit un baron. Alors, il retirait la chemise qu'il avait portée toute la journée (elle sentait le cigare, le poivre et le vinaigre) et il enfilait la nouvelle, toute propre, fraîche et lisse, en souriant avec toutes ses grandes dents blanches. Ah qu'il était beau ! Et puis il sortait.
 
Il avait beaucoup de rendez-vous professionnels le soir. C'est aussi pour ça qu'il devait être présentable. Il rentrait très tard, souvent même il rentrait le matin quand je me levais. C'est comme ça quand on a des affaires. Il tombait sur le lit, comme ça, tout habillé ! BOUM ! Moi je lui retirais ses souliers, je faisais glisser son pantalon le long de ses jambes, tout doucement, pour pas le réveiller. C'était pas facile de le déshabiller complètement. Il pèse quand même 110 kilos ! C'est pas rien ! D'autrefois, il rentrait et il me sautait dessus. VRAOUM. Il me retournait et me prenait par le cul. Je peux vous le dire maintenant, j'aimais pas trop ça. Surtout si je venais de prendre ma douche. Faut dire qu'il sentait la transpiration et l'alcool. Moi je ne bois pas. J'aime pas l'odeur et j'aime pas le goût. Et donc il me soufflait dans le cou, c'était un peu chaud et humide et c'était pas désagréable mais c'était l'haleine qui me dérangeait. ARGH, ARGH, qu'il faisait, c'était drôle quand même. Mais après, j'ai appris qu'il voyait d'autres femmes. Et j'en ai vues quelques unes : des belles femmes noires, avec des belles coiffures, des cheveux avec du volume, comme on dit, et des ongles longs en forme d'amande, rouges ou violets, et des belles poitrines bien grosses. Ça, ce sont de vraies femmes, il disait. C'est vrai, c'étaient des vraies femmes. Elles, elles me regardaient comme si j'étais de la merde, si je peux me permettre. J'avais envie de leur dire que s'il était si beau, c'était aussi parce que je repassais ses chemises, que je les frottais avec du bicarbonate de soude pour enlever les auréoles jaunes au niveau des aisselles, que je lui coupais les poils des oreilles et du nez et lui limais les ongles. Elles auraient du me remercier. Moi, je suis maigre et je boîte. C'est ce qu'il me disait tout le temps : « Toi, tu es maigre et tu boîtes ». Je voulais pas lui rappeler que je boitais depuis qu'il m'avait jetée dans l'escalier parce que je crois qu'il s'en était beaucoup voulu.
 
Les gens, ils me disaient qu'il fallait pas que je reste avec lui. Ils comprennent rien, les gens, ils croient tout savoir, ils se mêlent de ce qui les regarde pas. Au tabac, en bas de chez nous, la fille qui me vend les cigares, elle m'a dit un jour : « Faut pas que vous restiez avec lui, il va finir par vous tuer ! ». Là, j'ai vu rouge. C'est pas souvent que je me mets en colère, mais là je lui ai dit : « Mais ferme donc ta gueule, salope, et occupe toi de ton gamin. On dirait un mongolien! ». C'était un peu méchant mais, bon, elle l'avait bien cherché. Au final, c'est lui qui est parti. Il avait mis une fille enceinte et il devait assumer ses responsabilités parce que c'est un homme de principe. Et puis de toute façon, moi j'étais pas capable de tomber enceinte. Voilà. Il a pris tous ses parfums, tous ses costumes et toutes ses chemises. Ça fait quatre ans déjà. Depuis, je me traîne et c'est la merde. Comme j'vous disais, tout ce qui se passe maintenant, ça vaut pas mieux que des quetsches avec de la sauce et de la moutarde.


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MessagePosté le: Jeu 16 Oct - 19:15 (2014)    Sujet du message: Publicité

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JulietteB
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Inscrit le: 13 Oct 2014
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MessagePosté le: Ven 17 Oct - 00:44 (2014)    Sujet du message: Quand j'étais sa femme Répondre en citant

ça me fait penser à un épisode de "Tellement Vrai". Vous regardez "tellement vrai" ? C'est comique, et dramatique. Le style très oral, les répétitions, c'est très plébéien, très vulgaire, ça coule limpide. (et puis il y a cette ambiguïté, à la fin, dans la peau de la femme, on semble en sortir fière et victorieuse, alors qu'on s'est faite baiser de A à Z. C'est ambivalent, ça gratte quelque part, ça remue quelque chose, je crois.) 
moi ça m'a pris au coeur, mais je suis trop sensible ce soir. 
enfin, je ne suis pas très critique, plutôt bon publique, alors je ne peux que dire que ça m'a fait un grand quelque chose. 

Smile 


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Amélie


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MessagePosté le: Ven 17 Oct - 11:11 (2014)    Sujet du message: Quand j'étais sa femme Répondre en citant



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Amélie


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Inscrit le: 13 Oct 2014
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MessagePosté le: Ven 17 Oct - 11:13 (2014)    Sujet du message: Quand j'étais sa femme Répondre en citant



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yves tenret


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MessagePosté le: Sam 18 Oct - 11:44 (2014)    Sujet du message: Quand j'étais sa femme Répondre en citant

Les mots de C Keppi "Je vais à nouveau devoir courir, et vous ne serez pas surpris de savoir que je n'aime pas ça, courir)."


Me font penser qu'on pourrait toutes et tous, en vous envoyant les textes, pour obtenir le sésame de la carte de membre, vous écrire des sortes de lettres de motivation, qui en creux, dessineraient les contours de la secte.


C'est encourageant en tous cas, ça aura de la gueule !


Je vais m'atteler au Boudin aujourd'hui.


J'ai noté aussi qu'il y a certaines phrases dans certains textes - pas tous lus très attentivement - qui font penser à des paroles de chansons en écho - on pourrait faire une playlist à joindre en fin de textes, en lieu et place d'une bibliographie.


Maité à YT.


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yves tenret


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MessagePosté le: Sam 18 Oct - 11:47 (2014)    Sujet du message: Quand j'étais sa femme Répondre en citant

Si j’étais une émission de télé, je voudrais être Strip-teasele magazine qui vous déshabille, petite émission menstruelle drôle et triste. Presque comme la vie et quasi comme de l’art... 
Un coup chez les Duquenoy (Point de vue - Images du monde), un coup chez les Groseilles (la vaisselle, les points Total, une virée de motards à Deauville). Eh oui, un pur produit télé peut être subtil, pudique et insensible. Un couple de Belges barricadés chez eux. Sordide ! Des puceaux chrétiens qui blablatent sur le flirt... Keep on blues ! Un zonard à cran, coiffé d’un chapeau de bouffon, frimeur et aussi exaspérant qu’en vrai... Couple mixte. La maman n’est pas contente. On met la jarretelle aux enchères... Black power ! Toute une équipe de médecins légistes des deux sexes en train de causer des cadavres du jour — une seule douille, un tir, une sortie thoracique — en mastiquant un sandwich. Un taré qui, le 23/5/1948, a vaincu sur un ring Marcel Cerdan. Je n’avais pas de technique, moi. Je tapai dessus et puis c’est tout. Sénile et bilingue... Smic ta mère, tête de mort ! 

 
c'est de mes vieux textes qui est là http://www.derives.tv/Joseph-Beys-Vitali-Kanevsky-Strip 


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yves tenret


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MessagePosté le: Sam 18 Oct - 12:11 (2014)    Sujet du message: Quand j'étais sa femme Répondre en citant

Ma chère Keppi


c'est très bien
vous écrivez mieux quand vous écrivez vite
c'est-à-dire quand vous ne vous regardez pas écrire




après partant de ça on pourrait introduire plus de golum et d'hodor, plus de bruit et de la fureur (faulkner - fabuleux)
mais ce n'est pas sûr !!!




une cure de simplicité nous est peut-être, et à moi le premier, nécessaire






deux mots sur mes motivations : fourt (vous l'avez lu ?) qui ne rencontre pas son public
et un polar que j'ai écrit pour la différence en 6 semaines et qui va paraître un de ces jours


j'ai senti que je n'étais pas au point
et qui fallait que je me remette à tout réapprendre depuis le début




maintenant, vous mettez votre texte sur le forum, ok ?
et on continue


moi, je vais bosser sur le mien (je suis bloqué sur une de ces idées débiles qui sont ma spécialité) cette après-midi...


et vous pouvez aussi mettre le texte de ce mail en commentaire de votre Quand j'étais sa femme pour que tout le monde en profite et se sente autorisé à y aller de son propre commentaire


bise sur le bout du nez


YT


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yves tenret


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MessagePosté le: Sam 18 Oct - 12:13 (2014)    Sujet du message: Quand j'étais sa femme Répondre en citant

Il y a des super textes. Vraiment. Celui de Caroline Keppi, je l'avais pas lu, il est superbe. J'aime aussi ceux qui sont brefs, concis, sans fioritures.
Bravo on avance !


Amélie


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Amélie


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Inscrit le: 13 Oct 2014
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MessagePosté le: Sam 18 Oct - 19:12 (2014)    Sujet du message: Quand j'étais sa femme Répondre en citant

Il est bien, oui, ce texte, parce qu'il a quelque chose de direct et de dramatique. Y a une histoire, ok, elle est intelligible, ok. Elle est surtout vraie. Je veux dire... y  a pas de vengeance, y a le bourreau invisible, et cette victime exaspérante de cet amour soumis qu'elle lui porte, y a cet acharnement à la flagellation morale, y a l'ennui de la vie, c'est chiant, la vie, parfois, et puis l'eternel recommencement, rien ne s'arrange jamais, on est pas à Hollywood putain.

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MessagePosté le: Aujourd’hui à 15:38 (2018)    Sujet du message: Quand j'étais sa femme

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