Quand j'étais là, langue pendante et souffle court.

 
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yves tenret


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MessagePosté le: Lun 3 Nov - 22:03 (2014)    Sujet du message: Quand j'étais là, langue pendante et souffle court. Répondre en citant

Quand j’étais là, langue pendante et souffle court.
 
Je parlais, je parlais, je parlais, vous savez tous et toutes comment je suis, une fois que je suis lancé, rien ne peut plus m’arrêter. Pour moi, de toute façon, c’était cuit, c’était bon, bien à point, c’était gagné, nous allions monter à Vuillemin et ce qui devait avoir lieu, aurait lieu, et je pressentais que cela allait être bien et sans doute même très bien. La demoiselle m’arrivait à l’épaule. Ses yeux brillaient, elle m’écoutait donc jusque là cool, tout était normal… 

 
Sarah était l’une de ses jeunes filles juives comme celles que, en son temps, Gavarni dessinait si bien, l’une de ces orientales un peu potelée et bien proportionnée,aux cheveux légèrement frisés, à la peau matte et cannelle, aux doigts longs, effilés, aux membres aussi gracieux que ceux de la plupart des déesses indiennes qui trônent avec aisance aux frontons de ceux de leurs temples qui sont entièrement dédiés à la concupiscence et à son assouvissement. 

 
Là, malheureusement, j’avais dérivé incroyablement loin de mon sujet, un biopic sur Molière, et j’en étais à me justifier à propos d’une série d’avortements successifs que j’avais vécu avec mes femmes précédentes. Il fallait que je rétropédale à toute vitesse. 
– Bon, enfin, quoiqu’il en soit, tu vois ce que je veux dire, je n’y étais pour rien. Revenons à ce Molière, ce qui est admirable en tous points dans ce film, c’est que, comme tu l’as sans doute remarqué, Mnouchkine y défend l’homme, donc l’homme plutôt que le génie, qu’elle y abandonne visiblement ce concept romantique et parfaitement ridicule, cette idée archi bourgeois de l’artiste s’auto crucifiant pour racheter la bassesse et l’épais matérialisme de tous ces ignobles possédants, de ces saloperies de Fermier généraux, enfin, ça, ceux là ils seront plutôt là au XVIIIe, mais au XVIIe, on a déjà le centralisme, Versailles, Philadelphie, Washington et leurs plans orthogonaux, non, ce qu’elle décrit, c’est juste un producteur, un pauvre diable, un gaillard assailli de désirs inassouvis, un pauvre hère tout de chair, de faiblesses, un homme qui aime à dévorer toutes crues les jeunes oies qui tournent autour lui, qui aime à briser la fine coquille de ces jeunes poussinettes nubiles, de ces tendres oisillonnes qui s’offrent au maître  en un holocauste qui transcende toutes les petites misères passagères de la vie !!! 
- Oui, c’est aussi comme ça que je l’ai compris. Ariane Mnouchkine raconte effectivement surtout l’histoire d’un mec qui trompe sa femme avec des filles plus jeunes… 
- Si on veut, si on veut ! Mais ce qui compte, c’est que cela ne soit pas une légende dorée, épurée de tous ses accidents, que cela ne soit pas une de ces hagiographies si mensongères ! Jamais ! Ni dieux ni maîtres ! Elle nous montre un théâtre de rue ! Pas un théâtre de cour ! Et son récit est un récit picaresque magnifiant un anti-héros, un saltimbanque errant dans un monde crapuleux au sein d’une époque où ce qui règne surtout parmi les masses rurales délaissées n’est rien d’autre que la faim, une faim dévorante, absolue, un dénuement sans nom… Tu comprends, c’est un récit qui ne s’attarde que sur des choses vitales, nécessaires !!! Pas une biographie édifiante mais une vie comme on en brûle, comme nous-même flambons la nôtre en la dépensant à tout-vas… Un don de soi à soi et non pas une millionième rédemption christique ! Pas un spectacle, pas des images, mais un mouvement,  une fuite, une course contre le temps ! De le dépense ! Rien d’exemplaire, juste un homme, ni un gras jouisseur, ni un ascète stoïque, mais tout un homme, et qui, comme le disait Sartre, est fait de tous les hommes et qui les vaut tous et que vaut n'importe qui. 
- Quand même, cela doit être très dur, tu donnes tout à un homme et lui, il saute sur la première gamine venue qui passe par là… Tu dois avoir des envies de meurtre après un truc comme ça, non ? 

 
Et puis je lui ai dit oui et que moi aussi, tout comme elle, j’avais un point de vue féminin sur la vie, que j’aimais les hommes surtout pour leurs faiblesses, ce culot que j’ai parfois, c’est inouï, ces conneries que je raconte !!! Mais ça marche, incontestablement, ça bouge, ça dégèle et je sens que ses cuisses se desserrent petit-à-petit… Ses yeux, bruns, verts et parsemés de paillettes d’or, brillent toujours de plus en plus. Là, je devrai me taire sinon je vais tout foutre en l’air, je vais la lasser, l’indisposer, l’irriter même peut-être mais y a rien à faire quand je suis lancé comme ça pour me faire arrêter de jacter, il n’y aurait plus qu’une solution possible : m’abattre froidement, juste m’abattre et me laisser là sur le sol froid… 
Voilà que j’ai encore changé de vitesse et que je suis passé à la Fronde et au cardinal de Retz, merde, je suis bon une pollution nocturne et en solitaire… 
Effectivement, tout en faisant une moue bizarre, elle me jette : 
- Écoute, c’est vraiment passionnant ce que tu racontes, vraiment, vraiment mais je ne sais pas ce que j’ai, je sens comme une migraine qui vient, j’ai des frissons, j’ai chaud, j’ai froid. Je crois que je vais rentrer. En tout cas, c’était bien et tes commentaires, crois moi j’ai vraiment apprécié, vraiment, vraiment,  et je serai enchantée de revenir ici avec toi la semaine prochaine pour voir la deuxième partie de ce film, avec toi, enfin, si ça va pour toi, car si tu as envie d’y aller avec une autre fille, tu me le dis, ce n’est pas grave, je comprendrai… 
Je ne peux pas m’empêcher de faire une horrible grimace moi aussi mais bon, c’est nase et c’est sans doute normal que cela ne marche pas à tous les coups. 
- Tu veux que je te raccompagne chez toi, jusqu’à la rue de la Tour, c’est sur mon chemin, que je lui demande quand même puisque pour aller chez moi, cela semble foutu ? 
- Tu sais où j’habite !? C’est donc bien toi qui m’as mis ce mot dans la boîte aux lettres ?! 
- Quel mot ? Je ne vois pas de quoi, tu parles. 
- Vraiment ? Tu seras constante comme Rebecca, aimante comme Rachel et fidèle comme Sarah, ça ne te dit rien ? 
– Ah oui ! Ce mot là, mais c’était au dos d’une carte postale, non ? 


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MessagePosté le: Lun 3 Nov - 22:03 (2014)    Sujet du message: Publicité

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Amélie


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Inscrit le: 13 Oct 2014
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MessagePosté le: Mar 4 Nov - 13:36 (2014)    Sujet du message: Quand j'étais là, langue pendante et souffle court. Répondre en citant

Alors là, le parallèle avec le film de Mnouchkine (que j'adorais enfant), je trouve ça super. Gg. Yves z'êtes un gros PGM.
Mais moi je brûle, ce texte appelle sa suite, est-ce-qu'elle va se laisser baiser comme les muses de Chinaski ou résistera-t-elle comme celles de Gide???
PUTAIN YVES LA SUITE LA SUITE LA SUITE LA SUITE vous pouvez pas nous faire ça...


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MessagePosté le: Aujourd’hui à 22:29 (2018)    Sujet du message: Quand j'étais là, langue pendante et souffle court.

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