Quand je me prenais pour un écrivain.

 
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yves tenret


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MessagePosté le: Mar 4 Nov - 10:24 (2014)    Sujet du message: Quand je me prenais pour un écrivain. Répondre en citant

Quand je me prenais pour un écrivain.
 
Bon, d’accord, je cabotine un peu mais qu’est-ce que je peux y faire, hein ? C’est dans ma nature, c’est comme ça, je marche dans le rue et je me vois à un enterrement, c’est mon meilleur pote qui vient de mourir et je fais un discours magnifique et tout le monde pleure et je reste modeste ou bien je suis au bistrot, je pense à rien, je rêve et brusquement, je la vois elle, elle est avec plein de gens, je lui fais un petit signe discret, elle se lève, je la suis au toilette, tout de suite, elle se jette sur moi, elle glisse, elle est à genoux, je la relève, je lui dis non pas ici, allons chez moi, et là, nos ventres transpirent, on est tout eau et tout gémissements, un des voisins tape dans le plafond et un autre vient sonner, j’ouvre la porte, c’est une petite brune, je lui souris, elle rougit et me dit : excusez-moi, vous n’auriez pas des allumettes, j’ai perdu mon briquet… 
  
Voilà ce qui me passait par la tête alors que j’étais assis là, dans cette salle d’attente sinistre, et qu’il y avait encore trois tocards qui devaient passer avant moi. Eux, ils racontaient leur vie de minables, moi, j’avais le casque dans les oreilles et j’écoutais à fond le Grand Orchestre Cinématographique soviétique qui m’assourdissaient à coup de Tchaïkovski, Moussorgski et autres Borodine et je repensais à cette fille, à cette Amélie Martin, ou un autre nom dans le même genre, qui m’avait dit là tantôt qu’elle ne se relisait jamais et j’étais pas sûr d’avoir compris de quoi elle parlait. Cela voulait-il dire qu’il fallait se relire quand on avait écrit ? C’était à n’y rien comprendre tout ça. Se relire, mais pourquoi faire puisque c’était déjà fait, qu’on avait déjà écrit ? 
  
Et maintenant, là, dans le bureau, la dame avec son air tout sérieux et ce visage comme tout chiffonné me répétait pour la troisième fois : Faut que vous parliez plus des gens qui vont être tués avant. Il faut qu’on sympathise avec eux, qu’on s’attache à eux et que quand votre meurtrier les élimine, on ai l’impression que ce tueur, c’est à nous qu’il s’en prend. C’était la troisième fois qu’elle me faisait revenir et qu’elle m’ordonnait plus ou moins de refaire ceci ou cela, de développer plus tel chapitre et de raccourcir tel autre. 
  
J’avais essayé de lui parler d’argent une ou deux fois mais ça la rendait toute chose, ses yeux devenait vitreux et sa peau, blanche comme marbre. Pardon ? Excusez-moi, j’entends mal. Ah, oui, il existe de nombreux marbres de couleur, d’accord, d’accord. Ohlàlà, j’en ai marre de ces bien-pensants qui sont toujours là à nous faire la morale. Si ça continue comme ça, pour finir, on osera plus rien dire du tout … 
  
Je ne sais plus qui m’avait parlé de cet endroit mais c’est vrai qu’ils éditaient ici des livres pas mal, enfin quoi, des vrais livres, ceux qui se vendent vraiment, vous voyez, ceux qui sont dans la gare et qu’on achète avant de prendre le train, des trucs un peu osé, ou des enquêtes policières, et en sortant à reculons et tout en promettant de faire toutes les corrections demandées, j’avais quand même réussi à en piquer un et là dans le train qui me ramenait à Vesoul, je le lisais, Filles invisibles que ça s’appelait et c’était une enquête de la BRP, la Brigade de Répression du Proxénétisme, soixante milliards d’euros, disaient-ils, c’était le chiffre d’affaire annuel de l’industrie du sexe et une jeune chinoise était venue signaler la disparition de sa sœur et comme ce matin, je m’étais réveillé à cinq heures et demie, je me suis endormi… 
  
4 novembre 2014, 8h30-8h44. 


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MessagePosté le: Mar 4 Nov - 10:24 (2014)    Sujet du message: Publicité

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Maïté Kessler


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Inscrit le: 18 Oct 2014
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MessagePosté le: Mar 4 Nov - 23:24 (2014)    Sujet du message: Quand je me prenais pour un écrivain. Répondre en citant

21h57 - 22h23 !

Il était assis en face de moi, à parler en sirotant son whisky-coca après s'être enfilé un café. Moi qui n'avais pas bu de whisky depuis plusieurs mois. Cette odeur, étonnement anisée, m'avait beaucoup manqué, je le réalisais à peine. Et moi, avec mon déca et mon paquet de clope vide ... Je craignais de m'effondrer avant la fin de sa phrase. De sa longue phrase. J'avais l'impression que c'était toujours la même depuis qu'on était arrivés, il y avait une bonne demi-heure. C'est pas que c'était pas intéressant - non, pour preuve, on a plusieurs fois ri, on s'est étonnés, interrompus, il a repris son souffle, j'ai retendu l'oreille. C'est pas que c'était pas riche - non, pour preuve, je pourrais vous rédiger l'ordre du jour de cette conversation que la nappe entière du repas de noël de votre famille recomposée n'y suffirait pas. Et ajoutez à cela un dictionnaire des noms propres, des ouvrages de méthodologie, des blagues et des gazettes, qui riment avec quéquettes. Non, ce n'est rien de tout ça. Mais putain, je n'arrivais tout simplement pas à me concentrer, j'étais complètement torturée, tout mon corps refroidissait de plus en plus, mes organes internes s'associaient en troupes, en agglos, en bataillons de choc, en garnisons romaines. Mes mouvements, je le sentais, allaient bientôt devenir incontrôlables - et j'allais finir par lui foutre un coup de pied au cul à ce serveur à l'allure aussi stupide qu'un chien de bande-dessinée comique qui n'arrêtait pas de cogner mon pied quand il passait et de recouvrir mes genoux avec des pans de son tablier 19ème d'un blanc douteux. Et il a repris une bière ... Une blonde, une Carlsberg. Ce sont des bouteilles vertes. Un vert foncé, un peu brillant. Sapin. Elles respirent la fraicheur, on voit l'humidité perler sur leurs surfaces. Elles sont hautes, elles ont les jambes fines. Elles ont de l'histoire ancienne. Elles sonnent l'Allemagne et l'Amérique à la fois. C'est la guerre froide. Et moi, avec ma grand-mêre norvégienne ... vous voyez, ce sont un peu mes madeleines ... J'aurais pu lui boire dans la main, lui lécher les doigts pour en avoir un peu, si seulement il en avait fait tomber quelques gouttes. Mais non, de bon coeur, il buvait. De mal gré, je mourais. Trois jours, à peine trois jours sans boire et ma vie avait triplé de poids. Trois jours et la tension promettait chaque instant d'être à son comble. Mais non, mais non, ça pouvait être encore pire (attends cette nuit, et tu verras comme tu vas transpirer).
Mais quand il m'a dit qu'il fallait que j'essaie de rendre des articles toujours aussi riches et argumentés que celui du 12 octobre - soit celui rédigé en trois longues soirées, délicieusement augmentées de quelques verres de vodka, de liqueur de prune et de vin rouge, et de trois ou quatre paquets de cigarettes chaque soir -  c'est apparu comme évident : je n'y arriverai plus. J'allais faire du vélo sans les yeux.


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yves tenret


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MessagePosté le: Mar 4 Nov - 23:47 (2014)    Sujet du message: Quand je me prenais pour un écrivain. Répondre en citant

Lécher les doigts, je trouve que c'est un bon départ pour une chanson Pop. (Elle, elle veut parler mais lui il ne veut pas parler, il veut se faire peloter. La table est chauffante et il se sent tellement bien. Ca lui donne envie de rire mais il reste sérieux et concentré. Pourquoi est-ce aussi jouissif d'avoir une vague de chaleur au creux des reins ? Et il se dit, il faut absolument que je raconte ça à Maïté : y a encore des trucs bien qu'on a jamais essayé ! Si on en se lance dans une saga sur une secte, c'est par là qu'il faut commencer : dire que se faire peloter, ça peut être bien... Il faut que les gens aient de l'empathie pour notre mouvement, du désir...). Je vais dormir demain faut que je fasse Speer, Hitler et les Ruines avant d'aller prendre le train... MAITE IL EST BIEN VOTRE INSTANTANE, VOTRE POLAROID (et c'est vrai que moi aussi j'ai très envie de boire pour écrire)

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yves tenret


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MessagePosté le: Mer 5 Nov - 10:36 (2014)    Sujet du message: Quand je me prenais pour un écrivain. Répondre en citant

contre-don, potlatch


Quand j’étais abstinente (depuis trois jours). 
  
Il était assis en face de moi, à parler en sirotant son whisky-coca après s'être enfilé rapidement un café. Devant moi qui n'avais pas bu de whisky depuis plusieurs mois ! Cette odeur, étonnement anisée, m'avait beaucoup manqué, je le réalisais maintenant. Et moi, avec mon déca et mon paquet de clope vide ... Je craignais de m'effondrer avant la fin de sa phrase. De sa longue phrase. J'avais l'impression que c'était toujours la même depuis que nous étions arrivés, tous les deux à la bourre, dans ce café d’Alésia, arrivés il y avait au moins une bonne demi-heure. C'est pas que c'était pas intéressant - non, pour preuve, on avait plusieurs fois ri, on s'était étonnés, interrompus mutuellement, et il a repris son souffle, j'ai retendu l'oreille. Ce n’est pas que ce n’était pas riche - non, pour preuve, je pourrais vous rédiger l'ordre du jour de cette conversation et la nappe entière du repas de Noël de votre famille recomposée n'y suffirait pas. Et ajoutez à cela un dictionnaire des noms propres, des ouvrages de méthodologie, des blagues et des gazettes – ce qui tombe bien parce que ça rime avec quéquette. Non, ce n'est rien de tout ça. Mais putain, je n'arrivais tout simplement pas à me concentrer, j'étais assaillie de mille douleurs ( ?), tout mon corps refroidissait, le thermomètre allait exploser, mes organes internes s’étaient lancés dans de grandes manœuvres dignes de Jules César et de ses légions pendant l’une de ses campagnes en Gaulle. Mes mouvements, je le sentais, allaient bientôt devenir incontrôlables - et j'allais finir par lui foutre un coup de pied au cul à ce serveur à l'allure aussi stupide que le Pluto de ce vieux pervers de Walt Disney, larbin qui n'arrêtait pas de cogner mon pied quand il passait et de recouvrir mes genoux avec des pans de son tablier 19ème d'un blanc douteux. Et lui, l’autre, celui qui croyait que tout lui était permis,  a repris une bière... Une blonde, une Carlsberg. Bouteille verte, d’un vert foncé, profond, un peu brillant pas mal sapin. Elle respirait la fraicheur, on voyait l'humidité perler sur sa surface. Elle était haute, elle avait la jambe fine. Elle appartenait à une histoire ancienne. Elle sonnait l'Allemagne et l'Amérique à la fois. C'était la guerre froide. Et moi, avec ma grand-mère norvégienne ... Vous voyez, ce sont un peu mes madeleines ... J'aurais pu lui boire dans la main, lui lécher les doigts pour en avoir un peu, si seulement il en avait fait tomber quelques gouttes. Mais non, de bon cœur, il buvait. De mal gré, je mourais. Trois jours, à peine trois jours sans boire et ma vie avait déjà triplé de poids. Trois jours et la tension promettait chaque instant d'être à son comble. Mais non, mais non, ça pouvait être encore pire (attends cette nuit, et tu verras comme tu vas transpirer). Mais quand il m'a suggéré qu'il fallait dorénavant que j'essaie de rendre des articles toujours aussi riches et argumentés que celui du 12 octobre - soit celui que j’avais rédigé en trois longues soirées, soirées scandées de vodka ! de liqueur de prune !  de vin rouge ! de clope sur clope ! -  c'est apparu comme évident : je n'y arriverai plus. (il m’en voulait. j’étais victime d’un complot ????) 
J'allais faire du vélo sans les yeux. ( ?) 
  


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MessagePosté le: Aujourd’hui à 22:30 (2018)    Sujet du message: Quand je me prenais pour un écrivain.

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