Quand j'étais en chien.

 
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JulietteB
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Messages: 22

MessagePosté le: Mer 5 Nov - 12:02 (2014)    Sujet du message: Quand j'étais en chien. Répondre en citant

Quand j’étais en chien.  
  

 

 
  
Je me faisais chier. J’étais saoul, mais ça ne suffisait pas. Ça me suffisait plus. J’en voulais plus, et c’était urgent. J’avais ce sentiment que sans ça, je me désintégrerais incessamment sous peu. Alors je me suis mis en chasse. J’ai cerné les gueules, j’ai soupçonné les poches de contenir l’objet de mes convoitises, et j’me suis lancée. J’ai mitraillé mes cibles à coups de :  
« T’as pas un truc ? »  
« Dis, t’as quelque chose ? »  
puis lassé des détours : « Tu saurais pas où j’pourrais trouver de la drogue, toi ? ».  
  
« Non, non, pas de la weed, c’est naze, ça m’intéresse pas. ».  
  
Je tripotais mon petit billet bleu dans ma poche de veste ; il était prêt à bondir directement dans la main noire du dealer-dieu, et ce à la première manifestation miraculeuse d’un stimulant quelconque. J’étais à cran. J’avais les crocs. Je voulais gober. Je voulais sniffer. Mon petit esprit nécessiteux réclamait les superpouvoirs d’une substance aléatoire.   
  
J’étais en chien.  
  
Après mille et unes négations à mes réclamations nerveuses, je pêchai le plan : ils étaient deux, et ils étaient chauds pour la recherche aussi. Ils avaient des contacts, alors je les suivis. On monta dans la Peugeot 106 vert-glauque, Elle au volant, Lui au standard, et Moi-muet sur la banquette arrière. Chacun sa place. Le moteur vrombit. On commença notre errance sombre, dans le silence, parce qu’Il était au téléphone.  
  
Le plan numéro 1 sonna dans le vide.  
Le plan numéro 2 sonna occupé. 
  
On s’était garés au milieu d’un putain de parking dépeuplé, et à tout hasard, on guettait le vendeur, car c’est le genre de spot propice aux pactes sales spontanés. On était tous habités du même espoir crasseux. Et le pire, c’est qu’on y croyait, comme on croyait au père Noël quelques années plus tôt encore.  
  
Le plan numéro 3 décrocha, mais n’avait rien pour nous. 
Le plan numéro 4 sonna dans le vide. 
  
On était un peu dépités. Il et Elle s’engueulaient, se rejetant tour à tour le boulet poisseux de notre échec dans notre quête creuse. Et moi-muet, je me contentai d’être là. Ils étaient le couple, et j’étais le chien avec la langue qui pendouille dans le background.  
Le plan numéro 4 nous rappela subitement, et la surprise fût telle qu’Il en fit presque tomber le téléphone tout vibrant. Le plan 4 fut vague dans ses propos : c’était plutôt bon signe.  
Alors on se mit en route.  
C’était son « pote » à elle, alors elle décida d’y aller, mais pas toute seule. « C’est un mec qui a la tchatche, et toi aussi t’es un bavard, alors tu viens avec moi. ».  J’allai donc.  
On s’enfonça dans une cité parfaitement lugubre, décor idéal du fantasmatique film de drogué de base. Pas d’lumière. Pas un bruit. Je la suivais, fidèle à mon besoin pressant, et à dire vrai, je l’aurai escortée jusqu’au bout du monde pour un para bien garni.  
Elle toqua. Quatre fois. C’était le code stupide établi. La poignée pivota, et la porte s’entrebâilla. Le vendeur se glissa, furtif et farouche, hors de son antre, et referma l’accès à sa niche d’un coup sec. Hors de question que l’on y égare un œil trop baladeur.  
Il parlait vite, vraiment vite, vraiment très très vite, donc : il était perché.  
Il nous raconta sa longue vie, et on acquiesça, on donna la réplique comme il faut, avec une courtoisie soumise, parce qu’il avait la chose et qu’on la voulait beaucoup.  
On se gelait les miches à l’écouter grincer des molaires, tout en priant pour que la conclusion de son monologue sans fond, sans forme, et surtout sans fin, satisfasse notre tension.  
  
Pas moins de mille ans plus tard, on retourna à la caisse. Lui, tout salivant, s’enquit de notre récolte. On avait qu’un cacheton. Un cacheton pour trois. Le vendeur venait de tout gober avec ses potes – c’est ce qu’il avait mis un siècle à nous raconter. On était mal tombés, faut croire. Ni une, ni deux, la guerre fut déclarée. Alors qu’Il et Elle s’arrachaient le pauvre magot, je tournai les talons vers la lumière d’une ruelle un peu moins sombre. Seul, sobre, sans substance, mais serein pour un temps.  
  


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MessagePosté le: Mer 5 Nov - 12:02 (2014)    Sujet du message: Publicité

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Adrien Marie-Hardy


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Inscrit le: 19 Oct 2014
Messages: 15

MessagePosté le: Mer 5 Nov - 14:29 (2014)    Sujet du message: Quand j'étais en chien. Répondre en citant

Bon texte, bonne métaphore.


Quand t'écris, c'est sobre aussi, clair bizarrement, mais il y a une substance quand même.


Je suis mauvais commentateur, mais c'est jouissif, le petit malheur des camé ne parlant que came came et came quand on prend rien, je ne leur souhaite que ça.


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Amélie


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Inscrit le: 13 Oct 2014
Messages: 98
Localisation: Lyon

MessagePosté le: Mer 5 Nov - 17:34 (2014)    Sujet du message: Quand j'étais en chien. Répondre en citant

Moi aussi chui nulle pour commenter, je peux juste dire que j'ai aimé. Je pense qu'il y a des choses fortes un peu noyées dans le texte, qui sont possibles à mettre en exergues (en réduisant un chouille?) comme par exemple:

"J’étais à cran. J’avais les crocs. Je voulais gober. Je voulais sniffer. Mon petit esprit nécessiteux réclamait les superpouvoirs d’une substance aléatoire.   
  
J’étais en chien.  "

Ca je trouve que c'est très fort. Mais également:

"On se gelait les miches à l’écouter grincer des molaires, tout en priant pour que la conclusion de son monologue sans fond, sans forme, et surtout sans fin, satisfasse notre tension. "

Enfin voilà, je sais pas si je suis très claire, mais il y a des moments intenses comme ça qui sont un peu noyés dans la masse. Mais attendons les remarques de nos aînés parce que si ça se trouve jme plante complètement Smile


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JulietteB
Administrateur

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Inscrit le: 13 Oct 2014
Messages: 22

MessagePosté le: Jeu 6 Nov - 14:32 (2014)    Sujet du message: Quand j'étais en chien. Répondre en citant

Avec YT on est tombés d'accords sur la fin aussi. C'est une fin, c'est pas une chute. C'est un peu gênant. 


Mais en même temps, ça retranscrit bien le sentiment de platitude extrême de ce genre de fin de soirée abrégée. C'est décevant, c'est tout. 


M'enfin, là je pars dans une réflexion un peu "concept"qui pue, on va éviter. 





Amélie c'est vrai qu'y a deux trois punchlines qui glissent bien, et j'aurais voulu faire plus court. Mais j'sais pas comment. J'aime bien ce texte, mais je le trouve soit trop court, soit trop long. 


Je me suis remise à l'excès d'adjectifs qualificatifs aussi, ça fait du bien, ça ajoute en lourdeur. 


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MessagePosté le: Aujourd’hui à 11:12 (2018)    Sujet du message: Quand j'étais en chien.

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