Quand j'avais une suite

 
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Adrien Marie-Hardy


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MessagePosté le: Jeu 6 Nov - 20:08 (2014)    Sujet du message: Quand j'avais une suite Répondre en citant



 I.






L’homme a appelé ce matin, il m’a dit que je recevrai l’héritage dans quelques jours. L’appartement de maman était vide et bleu lorsque j’y suis passé. Beaucoup de vide et beaucoup de bleu. On avait enlevé des murs tous les tableaux en les détachant des fils de poussières qui semblaient avoir voulu dans une ultime tentative les retenir; ils tombaient maintenant comme des cheveux de vieille. Bleu c’était aussi la couleur d’une horloge en plastique qui claquait le temps en disharmonie derrière. Je n’ai jamais aimé cette horloge, ni les goûts de maman. Je n’étais ni triste ni heureux, un peu gêné parce que je ne savais pas quoi faire de mon corps et surtout de mes bras qui s’accrochaient de partout aux choses. Après avoir erré pour la forme et dit une ou deux banalités sur la mort je rentrais chez moi, ainsi je n’entendrai plus cette horloge. Chez moi n’était pas d’ailleurs encore tout à fait chez moi, mon appartement était vide, ça m’empêchait de bosser, me donnant une excuse pour ne rien foutre de mes journée. Je n’avais pas encore de travail, je mettais ça à plus tard. Entre temps j’ai fais un détour pour acheter des bières. J’en ai bu une sur les quais de la Seine, une autre dans le métro et une dernière (ou deux?) dans mon lit. Mon appartement à moi était blanc, vide comme un white cube et vide comme mon cerveau. Non, un matelas et des bouteilles de Fisher vides aussi maintenant. L’héritage, m’ont dit mes potes, c’est assez pour vivre un an en te la touchant, ou assez pour te lancer quelque part. Ce soir là, je me la suis touché. 
 
 





C’était bizarre, de rester allongé. Tu divaguais un peu et une torpeur t’écrasait le crâne, comme ça. C’était comme si il y avait un panneau lumineux qui indiquait au dessus de ta gueule «incapable». Le matin était froid, brumeux dehors et à l’intérieur aussi. Dix heures, je me gratte le moi quelque part et décide de me lever, il doit bien y avoir un reste de pizza qui traîne. Je me souviens que maman est toujours morte, ça n’a pas changé, c’était comme dans un autre livre; il doit être dans ma bibliothèque, dans une autre pièce et dans une autre histoire. Je me lave les dents; je me lave toujours les dents le matin, ça te donne l’impression d’avoir un intérieur pur, chimiquement parlant. J’aurai fait beaucoup pour ma brosse à dent. Le miroir me renvoit le visage d’un homme-fille, avec des grands yeux, des doigts fins et des grands cils aussi, c’était pas fait exprès. Je ne pense pas être pédé mais j’en ai l’air, c’est ce que les filles ne comprennent pas. Je me rase quand même, j’aime pas les barbes qui sont la pour faire comme si. J’ai ensuite pris une douche, pas longue parce que je me sentai lu, c’est lourd quand on est habitué à passer sa vie à poil. J’ai enfilé un jean, me suis fais du café dégueulasse à cause du goût du dentifrice, j’ai fumé une clope, je me suis relavé les dents et je suis sorti au bar du Monopole ou on se réunissait tous les midis. On, c’était mes potes. 
 
 





Au Monopole Antoine étalait ses conquêtes sur des tartines avec son vin blanc quand je suis arrivé, Florent embrassait et baisait Florie depuis des mois, le vieux parlait toujours fort. Ils m’ont demandé quand j’aurai le fric de l’héritage, je leur ai dit bientôt et puis on a beaucoup parlé, de ce qu’ils avaient vu sur youtube ou ailleurs, de l’actualité selon les termes des journaux, puis on a affirmé que le président était un pourris avant de refaire le monde à la manière des autres. On a rien dit. Le vieux s’est plaint en disant qu’on ne communiquait plus. Antoine lui a répondu que si mais qu’on avait plus rien à communiquer, j’ai dit que j’étais d’accord. Le vieux à dit que ça revenait au même, mais qu’il ne se passait plus rien de toute façon. Cinq minutes après, ils étaient partis, Florent n’avait pas parlé mais tenait fermement le cul de Florie, qui m’a fait un grand sourire. Je suis resté. Ils reviendrons quand même demain, pour la même chose. J’ai recommandé une bière, j’ai allumé mon ipod, je suis sorti fumer, je suis rentré pour boire et je me suis barré. Dehors, il y avait encore de la brume, mais c’était toujours plus espacé que dans ma tête. Je me suis demandé jusqu’à quand je pourrai continuer comme ça, puis je suis rentré. Chez moi cette brume s’était un peu effacé, ça me donnait plus de place, elle me faisait me sentir petit par rapport à tout ça. J’ai décidé d’écrire mais je me suis rendu compte que je n’avais rien à dire la non plus. La mort de maman, c’était trop classique. Et puis je ne savait jamais m’y prendre correctement, j’avais la maladie du «pourquoi faire?». 
 
 

Maman était plus riche que je ne le pensais; ça pouvait durer deux ans cette histoire, en y mettant un peu de bonne volonté. L’héritage m’a été viré, et alors je n’avais plus à travailler. La vie continuait toujours, je crois, et se succédaient bars et espaces vides. J’ai trouvé des nouvelles musiques pour mon ipod, ça changeait la BO de mon film perso. La page word était toujours blanche, mais je me prétendais écrivain, ça me permettait de baiser quelquefois, ça avait de la gueule, un écrivain. J’avais une gueule, ça tombait bien. Si on me demandait de lire ce que je faisais, je prétextait un vide créatif, ça avait une certaine gueule aussi. A l’enterrement, une femme m’a demandé si je connaissais la défunte, j’ai dit non. Je n’aurais pas du dire ça, mais c’était vrai. Je ne connaissais réellement personne. Je lui ai dit que j’aimais bien les cérémonie et le son de l’orgue. Elle m’a regardé d’un air mauvais, je lui ai souris. Elle connaissait bien maman. 
 
 



Tout à commencé au Monopole quelques semaines après, lorsque la discussion avait dévié. La guerre était proche et on avait toujours été loin de tout ça, nous, du coup ça faisait bizarre. C’est moi qui baisais Florie maintenant, et Florent s’en foutait, c’est pour ça que c’était mon pote, on se comprenait sans rien dire. La Russie était ennemie de la nation mais j’ai dis que je n’avais aucune raison de leur en vouloir parce que j’aimais bien Tolstoï et Dostoïevski, autant que la vodka. Effraction de l’espace aérien européen par des drones, espionnage, tanks aux frontières et tout ça. On aurait dit un mauvais film d’action. La Chine les avait rejoint, les russes, et ils étaient forts, plus que nous. Pour moi ils étaient petits, bossaient dans des restaurants de sushi faussement japonais et habitaient dans le treizième. Le vieux a un peu bavé, c’était dégueulasse. «Qu’est ce qu’on fait?» a dit Antoine. J’ai répondu qu’on devrait commander encore un coup à boire pour commencer; ça, tout le monde était d’accord. On a bu et bu encore, trois coup. Un à la santé de notre grande nation, un autre à la santé des russes et un autre encore à la santé des chinois. C’est ce qui faisait qu’on était pacifique, et donc respectable, je crois. Le patron derrière le bar, un ancien punk qui maintenant avait un pavillon et ne parlait que de sa femme et de son chien nous a dit qu’il y avait une déclaration présidentielle à la télé. On a regardé, c’était peut-être important. Les autres, c’était des terroristes, nous, une nation de liberté. Vu comme ça, c’était plus simple. J’ai décidé de m’engager, pour voir, je n’en pouvais plus du Monopole. Le vieux bavait encore un peu en me regardant et a levé à sourcil quand j’ai dit aux autres ma résolution. C’était ce qu’il fallait dire cette fois, peut-être. J’aimais bien l’ogue, mais j’aimais aussi la trompette, militaire ou pas. On m’a dit qu’il n’y en avait plus, que ça me dépassait, que je n’étais pas sérieux, que je ressemblait trop à une fille pour faire un bon militaire, que je me ferai violer dans les douches. Je n’étais jamais sérieux. On m’a dit que la guerre elle était sérieuse, elle. J’ai ris. Le militaire était un peu rouge, avec des cheveux poivre et sel. Comme une entrecôte. Il m’a regardé dans les yeux.
 
 


« Pourquoi vous êtes ici?
- J’veux sauver la nation, et puis je n’ai rien d’autre à faire.

- Chômeur?
- Ecrivain.
- Pourquoi arrêter alors?
- Le vide créatif, vous savez...»





J’ai eu l’impression qu’il se foutait salement de ma gueule. je lui donnais raison.



- Quel âge vous avez? 


- 22.
- Vous avez déjà travaillé pour l’armée ?
- Non.

- Allez passer les tests physiques. En cas de succès, nous nous reverrons. Bonne journée monsieur Adam.

- Bonne journée.

- Appelez le candidat suivant », il a dit à la stagiaire d’à côté.




L’entretien avait duré deux minutes. Contre toute attente, j’ai été pris. On m’a dit plus d’alcool. Je serrai bientôt affecté en Chine, et j’assurerai les communications radios avec d’autre types trop peu entraîné pour faire de bons soldats, comme moi. Tout ça avait fait rire Antoine. Moi militaire, c’était comme une princesse dans un bunker, on m’a dit. J’ai dit qu’il n’y avait plus de bunker. Je n’en savais rien. Je ne suis pas rentré chez moi, je n'avais pas d'affaire. On nous à laissé une période pour dire au revoir à ceux qui comptait pour nous. Je suis allé sur les quais. La, les figures passaient et les gosses criaient par vagues. Beaucoup de têtes et de gueules ouverte. Moi, je me suis mis sur des escaliers. A côté des mecs jouaient de la guitare, il m'ont proposé une bière, j'ai accepté. On a parlé de la guerre, un mec en avait fait un morceau, un morceau sur la guerre. Il jouait bien, mais je n'entendais pas les paroles. C'est à eux que j'ai dis au revoir, ça donnait un côté lyrico-épique au truc. 
 
 





































































II.






Frank n'était pas sortit de sa chambre, la 234, depuis maintenant deux jours. En caleçon, étendu sur le ventre dans son lit, il se faisait masser. Chinoise, la masseuse, une chinoise à poigne, sans la vapeur d'opium synthétique. Le Coral Strand Hôtel, près de Victoria sur l'archipel des Seychelles était un bâtiment ocre en béton à angles durs, recouvert de vitres fumées. Le bâtiment n'avait rien de plus que l'idée d'un hôtel, misant plus sur l'environnement de paradis pour occidentaux que sur lui-même. La 234, située près du système de ventilation, côté île, était une chambre de dernière minute. Chaleur lourde, perles de sueur et d'huile. La masseuse avait presque terminée, ses mains martelaient la peau mi blanche mi rouge de Frank imbibée désormais d'extraits de lotus blancs. Parfois il grognait. Elle repartie ensuite, avec un bon pourboire, et deux yeux qui suivaient son cul. Frank devait rester ici quelques temps, éviter les troubles. Il prit alors un livre qu'il n'avait pas terminé pour le rejeter. Les histoires, il les oubliait vite, bien trop vite. Sa chambre comptait six murs, plus une baie vitrée et un balcon devant un mur, lui aussi et tous les murs de la pièce s'étaient entendus pour lui renvoyer à la gueule ses divagations, lorsqu'il chantait ou sifflait pour passer le temps. Comme dans un livre, elle n'était pas venue, tant pis, tant mieux, ça ne changerait rien à l'histoire. Elle était comment, d'ailleurs? Grande, mince, sans poitrine. Bleus les yeux, comme les siens. On ne commencera pas avec des gémissements. Un homme seul dans sa chambre. Point.  
 



Il se redressa le corps huilé en grinçant des dents, forme de tic qui le prenait souvent, puis retrouva sa position initiale, fixant le rien d’en face puis le rien d’à droite. A gauche il y avait un mur, ce n’était rien non plus mais il l’avait déjà trop vu ce mur de rien. Lentement lui vint un sourire, puis un rire nerveux. Il remit enfin sa chemise parce que c’était la première chose qui lui vint à l’esprit. C'était un mâle caucasien, la cinquantaine, les cheveux grisonnants rejetés en arrière. Il paraissait imposant, mais gras avec l'âge, sans que l'on puisse affirmer à coup sur s'il était gros ou fort. Un tatouage sur l'épaule, illisible. John Coltrane emplissait la chambre depuis une heure, ce qui avait un peu fait chier la chinoise. Vingt heure, il se décida à aller s'en griller une sur la plage et à sortir de sa chambre, ce qui était une sorte d'évènement, et puis il commandera des verres comme s'il était en vacances. Peut-être qu'ensuite il se donnerait l'air d'attendre quelqu'un ou quelque chose. Quelque chose devait toujours se produire à un moment ou à un autre, c'est pour ça qu'il avait prolongé son séjour malgré tout. Rentrer à Paris? Non, il n'y avait rien de mieux à faire ici, mais au moins, il fuyait sa vie qui devenait triste et ridicule, le bar du merle moqueur de la butte aux cailles, sa femme qui l'avait mis à la porte de chez lui et ses anciens amis dont il n'avait plus le numéro, tout au plus des amis facebook. Un homme seul dans un hôtel et une île de l'océan indien. Point.  
 



Un bar à cocktail donnait directement sur l'océan. Un russe blanc s'il vous plait, sans glaçon mais avec du lait froid, pas comme la dernière fois. Il s'appuya contre la balustrade, rouillé et rouillée, en se contenant dans un regard fixe sur le presque noir parce que la lumière d'un bateau de pêche, la-bas. Ses yeux n'exprimaient rien. Trente ans de moins, la fille: c'était bien de l'avoir baisé avant, ainsi il n'avait aucun regret, à part celui de passer pour un vieux libidoneux solitaire, la ou tout le monde passait sa lune de fiel. Il fallait bien partir, avant que la justice s'en mêle. Un serveur lui demanda si c'était OK pour lui. Bien sur que c'était OK, quoi d'autre ? Il tapota les trois doigts qui lui restaient à sa main droite contre la barre, sa bague teintant l'air d'une substance claire en sonnant sur le métal. Bague doigt-doigt bague, bague doigt-doigt bague, bague -doigt, bague-doigt. Coup de verre sur la barre, ça sonnait brut, atmosphère géniale. A droite un groupe de rasta fumaient leur joint, il les aurait bien rejoint, mais avait peut de paraître trop vieux ou juste étrange et puis les utopies, il les avait laissé de côté, ce n'était plus le moment d'être con. Inconscient, ça, c'était encore acceptable par contre, un véritable art de vivre. Un mec, sur la plage, avec un oiseau, en contrenuit, et le bruit d'un groupe de militaires allemand en civils derrière faisait du bruit, le bruit de fond pour sa musique. Le russe blanc était bon il aurait du sortir plus souvent, mais ne pas avoir à décliner d'une manière ou d'une autre son identité. C'était le risque s'il buvait trop. Encore de la sueur, il n'avait jamais vraiment supporté les climats tropicaux, mais sa vaine quête d'exotisme l'avait poussé à les accepter tels qu'ils étaient. 
 



Comme il ne se passait rien du côté de l'océan, il se retourna vers le rien qui lui tournait le dos, au risque de se prendre des regards. La serveuse locale était bonne, une longue fille ébène aux jambes fermes, marquées, qui devaient frémir pendant l'amour, peut-être que ça s'achetait, ça. Derrière le bar en bois imbibé et collant depuis une trentaine d'année la télévision montrait des tanks et un dictateur quelconque. C'était naturel. La lune était une vraie beauté ce soir, comme l'île qui résonnait au cri des chauves souris, vampires légendaires s'attaquant au bétail beuglant, partout, et ailleurs aussi. Demain, il sortirait de l'hôtel, peut-être, tant qu'il ne sortait pas de lîle tout irait bien. Un autre serveur lui demanda encore si c'était OK pour lui et ça l'était toujours. Frank rentra ensuite dans sa chambre pour lire cette fiction en trop, rituel qui achevait sa journée avant de l'oublier. Nuit calme, troublée uniquement par un moustique buté d'un coup de journal qui titrait une révolte, tâche rouge et noire auréolée de morceaux d'ailes d'insecte sur le visage du leader.  
 

Il se leva en fin de matinée et commanda son petit déjeuner dans sa chambre, dans son lit face au mur. Chez lui, il avait eu une horloge en plastique verte en forme de tête de chat ridicule, offerte par sa fille. Son clic-clac continu l'avait poussé à l'exploser contre le sol. Le début des tension, avant qu'il commence à boire. Maintenant, il avait plus ou moins arrêté, mais entendait encore parfois le décompte des secondes sans même être bourré. Tout ça pour un cadeau à la con. Il soupira. Ce n'était rien, un soupir, rien de plus qu'une respiration calculé et alors il se décida à étaler de la confiture de fraise sur sa biscotte, en plus du beurre. Ici il n'y avait pas d'horloge, l'île n'avait pas d'heure, se cantonnait à la période diurne puis à la période nocture, à moins que ce ne soit l'inverse. C'est peut-être pour cela aussi qu'il restait, il n'avait pas l'impression de perdre son temps même si celui-ci filait surement ailleurs inexorablement dans une capitale ou une autre. Pour que le temps passe, il fallait un traffic, un éclairage électrique qui s'allumait puis s'éteignait, des ponts pour que l'eau passe dessous. Ici rien de tout ça et c'était bon. Ailleurs. Après la biscotte qui craquait, le café soluble en échantillon de la chambre c'était le silence, un silence d'île, celui qui n'avait jamais crié faute d'autres terres à l'horizon. L'exil reprenait sa place. Dans le journal aujourd'hui l'annexion d'un pays trop loin derrière l'océan pour que ça ait l'importance autre que celle que l'on prétend donner à l'évènement lorsque l'on est avec d'autres êtres humains, la compassion à la commande. Jus de papaye, jus de goyave, puis deux croissants. Les guerres lointaines, ça creuse.  
 



Les journées défilaient lentement, une vitesse de croisière, chaleur des tropiques. Qu'est ce qu'il ferait aujourd'hui? Il s'était promis hier soir de sortir de l'hôtel, alors va. L'île était une forme de dorsale de roches et de forêts humides. Peu de plage, mais beaucoup de rochers isolés, idéal pour les reptiles de son genre. Ramper, oui, c'était ce qu'il avait fait de mieux toute sa vie, ramper au soleil, se contenter de tirer la langue pour attraper ce qui passait à sa portée.  
 



Dehors, les minces routes serpentaient entre les forêts préhistorique. En bon fossile il irait surement les voir s'il en avait l'occasion, pour se poser au milieu des geckos et des fougères. Quelques minutes de taxi plus tard, c'est la qu'on le retrouvait, dans un parc naturel protégé. On ne savait ce qu'il regardait mais il regardait en tout cas, et son corps courbé se balançait, bête, sans changer sa tête de place. Autours le vent salé d’une fin d’après midi à la mer qui sentait l’algue longue et verte qui se complaisait dans le sable et le pétrole, trompant l'odeur de la terre et des fossiles. Il avait hésité longtemps avant d’enlever son haut, une chemise blanche en lin qu’il tenait gauchement contre son ventre. Encore ces chauves-souris, plus haut, et en pleine journée en plus, c'était strident. Il avait l'impression de pouvoir entendre leurs ultrasons. L'île avait cette forme de résonnance palpable à cause des chauves souris et de l'humidité. 
 



C'était le calme, le trop plein et marche à l'ombre. Chair toujours et encore rouge. Du rouge et de la terre, de la sueur. Il y avait ici un grand mélange d'espèce, dont certaine qui ne se trouvaient que sur l'île. Caméléons tigres, coco-plumes, le gecko de bronze et le pigeon bleu, le Frank Nomanski. Vent d'ouest, vent d'ouest, et encore vent d'ouest. Il restait quatre heure avant la fermeture du parc, désormais classé par le patrimoine mondial, vous et moi, protégeant les espèces, toxiques ou non, de ce monde. 
 








.... (suite à venir)








Trop ambitieux, surement, ce n'est que le début.


Dernière édition par Adrien Marie-Hardy le Ven 7 Nov - 02:22 (2014); édité 1 fois
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MessagePosté le: Jeu 6 Nov - 20:08 (2014)    Sujet du message: Publicité

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Adrien Marie-Hardy


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MessagePosté le: Jeu 6 Nov - 20:12 (2014)    Sujet du message: Quand j'avais une suite Répondre en citant

Bon alors, je sais pas vous, mais j'ai beau mettre le texte bien, l'éditer, le faire droit, d'une seule couleur, ça me met cette vieille mise en page totalement aléatoire. Désolé pour vos yeux. En faisant copier-coller dans une page word, c'est surement bien mieux.

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yves tenret


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MessagePosté le: Dim 9 Nov - 15:43 (2014)    Sujet du message: Quand j'avais une suite Répondre en citant

maintenant, j'enregistre en htm et ça roule correctement, me semble-t-il. 
lisez, si ce n'est pas déjà fait, malaparte, kaputt, lisez babel, cavalerie rouge, lisez sun tzu, lisez ballard, le premier tome des nouvelles chez tristram, lisez les premiers dantec, il y en a un auteur qui me fait particulièrement penser à vous, c'est vague, une ombre, dandy post modern, quelque chose de sophistiqué : est-ce harlan ellison ? comme chandler, un anglais, en aucun cas, un américain - ils sont trop intrinsèquement vulgaires. bref, lisez moi et lisez moi encore. mais ce n'est pas cela que je voulais vous dire, je voulais vous écrire que votre texte semble être ce qu'il doit être et que je vais aider et que pour cela ce serait bien que vous me l'envoyassiez par mail pour que je puisse l'imprimer et le lire dans de bonnes conditions et éventuellement l'annoter et que vous pouvez aussi nous en faire une lecture chez jules comme ça on l'aura au moins entendu


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yves tenret


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MessagePosté le: Lun 10 Nov - 17:40 (2014)    Sujet du message: Quand j'avais une suite Répondre en citant

à petite foulés, ok ? vite, ok ? par petits bouts, ok ? juste pour que cela ne tourne pas à la corvée. 


L’homme a appelé ce matin, il m’a dit que je recevrai l’héritage dans quelques jours. L’appartement de maman était vide et bleu lorsque j’y suis passé. Beaucoup de vide et beaucoup de bleu. On avait enlevé des murs tous les tableaux. Bleu c’était  la couleur d’une horloge en plastique qui égrenait  le temps en chuintant. Je n’avais jamais aimé, ni cette horloge, ni les goûts de maman. Je n’étais ni triste ni heureux, juste un peu gêné parce que je ne savais pas quoi faire de mon corps et surtout de mes bras. Je m’accrochais de partout. Après avoir erré pour la forme et dit une ou deux banalités sur la morte, pour ne plus avoir à entendre cette horloge, je rentrais chez moi. Ce chez moi n’était d’ailleurs pas encore tout à fait chez moi, juste un appartement vide, ce qui m’empêchait de bosser, me donnant une excuse pour continuer à ne rien foutre de mes journées. Je n’avais pas encore de travail, je remettais ça à plus tard.  
Entre temps, j’avais fait un détour pour acheter des bières. J’en avais bu une sur les quais de la Seine, une autre dans le métro et une paire d’autres dans mon lit. Le mien d’appartement était blanc, très white cube, vide comme mon cerveau. Rien qu’un matelas et des bouteilles de bière vides. L’héritage, me répétaient dit mes potes, c’est assez pour vivre un an en te la touchant, ou assez pour te lancer quelque part. Ce soir là, je ne me suis pas lancé mais je me la suis bien touchée. 


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yves tenret


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MessagePosté le: Mar 11 Nov - 19:09 (2014)    Sujet du message: Quand j'avais une suite Répondre en citant

            I. 
  
            L’homme a appelé ce matin, il m’a dit que je recevrai l’héritage dans quelques jours. L’appartement de maman était vide et bleu lorsque j’y suis passé. Beaucoup de vide et beaucoup de bleu. On avait enlevé des murs tous les tableaux. Bleu, c’était  la couleur d’une horloge en plastique qui égrenait  le temps en chuintant. Je n’avais jamais aimé, ni cette horloge, ni les goûts de maman. Je n’étais ni triste ni heureux, juste un peu gêné parce que je ne savais pas quoi faire de mon corps et surtout de mes bras. Je m’accrochais de partout. Après avoir erré pour la forme et dit une ou deux banalités sur la morte, pour ne plus avoir à entendre cette horloge, je rentrais chez moi. Ce chez moi n’était d’ailleurs pas encore tout à fait chez moi, juste un appartement vide, ce qui m’empêchait de bosser, me donnant une excuse pour continuer à ne rien foutre de mes journées. Je n’avais pas encore de travail, je remettais ça à plus tard.  
Entre temps, j’avais fait un détour pour acheter des bières. J’en avais bu une sur les quais de la Seine, une autre dans le métro et une paire d’autres dans mon lit. Le mien d’appartement était blanc, très white cube, vide comme mon cerveau. Rien qu’un matelas et des bouteilles de bière vides. L’héritage, me répétaient mes potes, c’est assez pour vivre un an en te la touchant, ou assez pour te lancer quelque part. Ce soir là, je ne me suis pas lancé mais je me la suis bien touchée. 

            C’était bizarre, de rester allongé. Tu divaguais un peu et une main invisible t’écrasait le crâne, comme ça. Comme si un panneau lumineux indiquait au dessus de ta gueule incapable. Le matin était froid, brumeux dehors et à l’intérieur aussi.  
Dix heures, je me gratte le moi quelque part et décide de me lever, il doit bien y avoir un reste de pizza qui traîne. Je me souviens : maman est morte, ça n’a pas changé, c’est comme dans ce livre; il doit être dans ma bibliothèque, dans une autre pièce et dans une autre histoire. Je me lave les dents; je me lave toujours les dents le matin, ça te donne l’impression d’avoir un intérieur pur, chimiquement parlant, j’aurai fait beaucoup pour ma brosse à dent. Le miroir me renvoi le visage d’un homme-fille, avec des grands yeux, des doigts fins et des grands cils aussi, c’était pas fait exprès. Je ne pense pas être pédé mais j’en ai l’air, c’est ce que les filles ne comprennent pas. J’en suis et je n’en suis pas. Je me rase quand même, je n’aime pas les barbes qui sont la pour faire comme si. ensuite, je prends une douche, pas longue parce que je me sens lu ( ?), c’est lourd quand on est habitué à passer sa vie à poil. J’enfile un jeans, je me  fais du café, à cause du  dentifrice, il a un goût dégueulasse, je fume une clope, je me relave les dents et je vais au bar du Monopole où on se réunit tous les midis. On, ce sont mes potes. 
  
            Au Monopole, Antoine étalait ses conquêtes sur des tartines avec son vin blanc quand je suis arrivé, Florent embrassait et baisait Florie depuis des mois, le vieux parlait toujours fort. Ils m’ont demandé quand j’aurai le fric de l’héritage, je leur ai dit bientôt et puis on a beaucoup parlé, de ce qu’ils avaient vu sur Youtube ou ailleurs, de l’actualité selon les termes des journaux, puis on a affirmé que le président était un pourris avant de refaire le monde à la manière des autres. On a rien dit. Le vieux s’est plaint en disant qu’on ne communiquait plus. Antoine lui a répondu que si mais qu’on avait plus rien à communiquer, j’ai dit que j’étais d’accord. Le vieux à dit que ça revenait au même, vu qu’il ne se passait plus rien de toute façon. Cinq minutes après, ils étaient partis, Florent n’avait pas parlé mais tenait fermement le cul de Florie, qui m’a fait un grand sourire. Je suis resté. Ils reviendront quand même demain, pour la même chose. J’ai recommandé une bière, j’ai allumé mon I-pod, je suis sorti fumer, je suis rentré pour boire et je me suis barré. Dehors, il y avait encore de la brume, mais c’était toujours plus espacé que dans ma tête. Je me suis demandé jusqu’à quand je pourrai continuer comme ça, puis je suis rentré. Chez moi cette brume s’était un peu effacé, ça me donnait plus de place, elle me faisait me sentir petit par rapport à tout ça. J’ai décidé d’écrire mais je me suis rendu compte que je n’avais rien à dire la non plus. La mort de maman, c’était trop classique. Et puis je ne savait jamais m’y prendre correctement, j’avais la maladie du à quoi bon… 


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yves tenret


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MessagePosté le: Mer 12 Nov - 18:19 (2014)    Sujet du message: Quand j'avais une suite Répondre en citant

            I. 
  
            L’homme a appelé ce matin, il m’a dit que je recevrai l’héritage dans quelques jours. L’appartement de maman était vide et bleu lorsque j’y suis passé. Beaucoup de vide et beaucoup de bleu. On avait enlevé des murs tous les tableaux. Bleu, c’était  la couleur d’une horloge en plastique qui égrenait  le temps en chuintant. Je n’avais jamais aimé, ni cette horloge, ni les goûts de maman. Je n’étais ni triste ni heureux, juste un peu gêné parce que je ne savais pas quoi faire de mon corps et surtout de mes bras. Je m’accrochais de partout. Après avoir erré pour la forme et dit une ou deux banalités sur la morte, pour ne plus avoir à entendre cette horloge, je rentrais chez moi. Ce chez moi n’était d’ailleurs pas encore tout à fait chez moi, juste un appartement vide, ce qui m’empêchait de bosser, me donnant une excuse pour continuer à ne rien foutre de mes journées. Je n’avais pas encore de travail, je remettais ça à plus tard.  
Entre temps, j’avais fait un détour pour acheter des bières. J’en avais bu une sur les quais de la Seine, une autre dans le métro et une paire d’autres dans mon lit. Le mien d’appartement était blanc, très white cube, vide comme mon cerveau. Rien qu’un matelas et des bouteilles de bière vides. L’héritage, me répétaient mes potes, c’est assez pour vivre un an en te la touchant, ou assez pour te lancer quelque part. Ce soir là, je ne me suis pas lancé mais je me la suis bien touchée. 

            C’était bizarre, de rester allongé. Tu divaguais un peu et une main invisible pianotait sur ton crâne, comme ça. Comme si un panneau lumineux indiquait au dessus de ta gueule incapable. Le matin était froid, brumeux dehors et froid et brumeux, à l’intérieur aussi.  
  
Dix heures, je me gratte le moi quelque part et décide de me lever, il doit bien y avoir un reste de pizza qui traîne. Je me souviens : maman est morte, ça n’a pas changé, c’est comme dans ce livre ; il doit être dans ma bibliothèque, dans une autre pièce et dans une autre histoire. Je me lave les dents ; je me lave toujours les dents le matin, ça me donne l’impression d’avoir un intérieur pur, chimiquement parlant, j’aurai fait beaucoup pour ma brosse à dent. Le miroir me renvoi le visage d’un homme-fille, avec des grands yeux, des doigts fins et des grands cils aussi, c’était pas fait exprès. Je ne pense pas être pédé mais j’en ai l’air, c’est ce que les filles ne comprennent pas. J’en suis et je n’en suis pas. Je me rase quand même, je n’aime pas les barbes qui sont la pour faire comme si. Ensuite, je prends une douche, pas longue parce que je me sens lu ( ?), c’est lourd quand on est habitué à passer sa vie à poil. J’enfile un jeans, je me  fais du café et à cause du  dentifrice, il a un goût dégueulasse, je fume une clope, je me relave les dents et je vais au bar du Monopole où on se réunit tous les midis. On, ce sont mes potes. 
  
            Au Monopole, Antoine étalait ses conquêtes sur des tartines et dans son vin blanc quand je suis arrivé, Florent embrassait et baisait Florie depuis des mois, le vieux parlait toujours fort. Ils m’ont demandé quand j’aurai le fric de l’héritage, je leur ai dit bientôt et puis on a beaucoup parlé, de ce qu’ils avaient vu sur Youtube ou ailleurs, de l’actualité selon les termes des journaux, puis on a affirmé que le président était un pourri avant de refaire le monde à la manière des autres. On a rien dit. Le vieux s’est plaint en disant qu’on ne communiquait plus. Antoine lui a répondu que si mais qu’on avait plus rien à communiquer, j’ai dit que j’étais d’accord. Le vieux à dit que ça revenait au même, vu qu’il ne se passait plus rien de toute façon. Cinq minutes après, ils étaient partis, Florent n’avait pas parlé mais tenait fermement le cul de Florie, qui m’a fait un grand sourire. Je suis resté. Ils reviendront quand même demain, pour la même chose. J’ai recommandé une bière, j’ai allumé mon I-pod, je suis sorti fumer, je suis rentré pour boire et je me suis barré. Dehors, il y avait encore de la brume, mais c’était toujours plus espacé que dans ma tête. Je me suis demandé jusqu’à quand je pourrai continuer comme ça, puis je suis rentré. Chez moi cette brume s’était un peu effacé, ça me donnait plus de place, elle me faisait me sentir petit par rapport à tout ça. J’ai décidé d’écrire mais je me suis rendu compte que je n’avais rien à dire là non plus. La mort de maman, c’était trop classique. Et puis je ne savais jamais m’y prendre correctement, j’avais la maladie du à quoi bon… 
 
            Maman était plus riche que je ne le pensais ; ça pouvait durer deux ans cette histoire, en y mettant un peu de bonne volonté. L’héritage m’a été viré, et alors je n’avais plus à travailler. La vie continuait toujours, je crois, et se succédaient bars et espaces vides. J’ai trouvé des nouvelles musiques pour mon ipod, ça changeait la BO de mon film perso. La page word était toujours blanche, mais cela ne m’empêchait pas de me prétendre écrivain, ça me permettait de baiser quelquefois, et même souvent, ça avait de la gueule, un écrivain et de gueule, j’en avais une, ça tombait bien. Si on me demandait de lire ce que je faisais, je prétextais un vide créatif, ça avait une certaine gueule aussi. A l’enterrement, une femme m’a demandé si je connaissais la défunte, j’ai dit non. Je n’aurais pas du dire ça, mais c’était vrai. Je ne connaissais réellement personne. Je lui ai dit que j’aimais bien les cérémonies et le son de l’orgue. Elle m’a regardé d’un air mauvais, je lui ai souris. Elle connaissait bien maman. 
 
            Tout a commencé au Monopole quelques semaines après, lorsque la discussion a dévié. La guerre était proche et on avait toujours été loin de tout ça, nous, du coup ça faisait bizarre. C’est moi qui baisais Florie maintenant, et Florent s’en foutait, c’est pour ça que c’était mon pote, on se comprenait sans rien dire. La Russie était ennemie de la nation mais j’ai dis que je n’avais aucune raison de leur en vouloir parce que j’aimais bien Tolstoï et Dostoïevski, autant que la vodka. Effraction de l’espace aérien européen par des drones, espionnage, tanks aux frontières et tout ça. On aurait dit un mauvais film d’action. La Chine les avait rejoint, les Russes, et ils étaient forts, plus que nous. Pour moi ils étaient petits, bossaient dans des restaurants de sushi faussement japonais et habitaient dans le treizième. Le vieux a un peu bavé, c’était dégueulasse. - Qu’est ce qu’on fait ? a dit Antoine. J’ai répondu qu’on devrait commander encore un coup à boire pour commencer ; ça, tout le monde était d’accord. On a bu et bu encore, trois coup. Un à la santé de notre grande nation, un autre à la santé des Russes et un autre encore à la santé des Chinois. C’est ce qui faisait qu’on était pacifistes, et donc respectables, je crois. Le patron derrière le bar, un ancien punk qui maintenant avait un pavillon et ne parlait que de sa femme et de son chien nous a dit qu’il y avait une déclaration présidentielle à la télé. On a regardé, c’était peut-être important. Les autres étaient des terroristes, nous, une nation de liberté. Vu comme ça, c’était plus simple. J’ai décidé de m’engager, pour voir. Je n’en pouvais plus du Monopole. Le vieux bavait encore un peu en me regardant et a levé à sourcil quand j’ai dit aux autres ma résolution. C’était ce qu’il fallait dire cette fois, peut-être. J’aimais bien l’orgue, mais j’aimais aussi la trompette, militaire ou pas. On m’a dit qu’il n’y en avait plus, que ça me dépassait, que je n’étais pas sérieux, que je ressemblais trop à une fille pour faire un bon militaire, que je me ferai violer dans les douches. J’ai dit : cool. Je n’étais jamais sérieux. On m’a dit que la guerre, elle était sérieuse, elle. J’ai ris. 


            Le militaire était un peu rouge dans une nuance très entrecôte saignante, avec des cheveux poivre et sel. Il m’a regardé dans les yeux.
 
« Pourquoi vous êtes ici ?
-          J’veux sauver la nation, et puis je n’ai rien d’autre à faire.
-          Chômeur ?
-          Écrivain.
-          Pourquoi arrêter alors ?
-          Le vide créatif, vous savez...»



            J’ai eu l’impression qu’il se foutait salement de ma gueule. Je lui donnais raison.
 
« Quel âge vous avez? 
⁃          22.
-          Vous avez déjà travaillé pour l’armée ?
-          Non.
-          Allez passer les tests physiques. En cas de succès, nous nous reverrons. Bonne journée monsieur Adam?
-          Bonne journée.
-          Appelez le candidat suivant, il a dit à la stagiaire qui baillait à côté de lui.
 


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yves tenret


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MessagePosté le: Jeu 13 Nov - 11:07 (2014)    Sujet du message: Quand j'avais une suite Répondre en citant

            I. 
  
            L’homme a appelé ce matin, il m’a dit que je recevrai l’héritage dans quelques jours. L’appartement de maman était vide et bleu lorsque j’y suis passé. Beaucoup de vide et beaucoup de bleu. On avait enlevé des murs tous les tableaux. Bleu, c’était  la couleur d’une horloge en plastique qui égrenait  le temps en chuintant. Je n’avais jamais aimé, ni cette horloge, ni les goûts de maman. Je n’étais ni triste ni heureux, juste un peu gêné parce que je ne savais pas quoi faire de mon corps et surtout de mes bras. Je m’accrochais de partout. Après avoir erré pour la forme et dit une ou deux banalités sur la morte, pour ne plus avoir à entendre cette horloge, je rentrais chez moi. Ce chez moi n’était d’ailleurs pas encore tout à fait chez moi, juste un appartement vide, ce qui m’empêchait de bosser, me donnant une excuse pour continuer à ne rien foutre de mes journées. Je n’avais pas encore de travail, je remettais ça à plus tard.  

 
Entre temps, j’avais fait un détour pour acheter des bières. J’en avais bu une sur les quais de la Seine, une autre dans le métro et une paire d’autres dans mon lit. Le mien d’appartement était blanc, très white cube, vide comme mon cerveau. Rien qu’un matelas et des bouteilles de bière vides. L’héritage, me répétaient mes potes, c’est assez pour vivre un an en te la touchant, ou assez pour te lancer quelque part. Ce soir là, je ne me suis pas lancé mais je me la suis bien touchée. 

            C’était bizarre, de rester allongé. Tu divaguais un peu et une main invisible pianotait sur ton crâne, c’était ainsi, comme si un panneau lumineux indiquait au dessus de ta gueule incapable. Le matin était froid, brumeux dehors et froid et brumeux, à l’intérieur aussi.  
  
Dix heures, je me gratte le moi quelque part et décide de me lever, il doit bien y avoir un reste de pizza qui traîne. Je me souviens : maman est morte, ça n’a pas changé, c’est comme dans ce livre ; il doit être dans ma bibliothèque, dans une autre pièce et dans une autre histoire. Je me lave les dents ; je me lave toujours les dents le matin, ça me donne l’impression d’avoir un intérieur pur, chimiquement parlant, j’aurai fait beaucoup pour ma brosse à dent. Le miroir me renvoi le visage d’un homme-fille, avec des grands yeux, des doigts fins et des grands cils aussi, c’était pas fait exprès. Je ne pense pas être pédé mais j’en ai l’air, c’est ce que les filles ne comprennent pas. J’en suis et je n’en suis pas. Je me rase quand même, je n’aime pas les barbes qui sont la pour faire comme si. Ensuite, je prends une douche, pas longue parce que je me sens lu ( ?), c’est lourd quand on est habitué à passer sa vie à poil. J’enfile un jeans, je me  fais du café et à cause du  dentifrice, il a un goût dégueulasse, je fume une clope, je me relave les dents et je vais au bar du Monopole où on se réunit tous les midis. On, ce sont mes potes. 
  
            Au Monopole, Antoine étalait ses conquêtes sur des tartines et dans son vin blanc quand je suis arrivé, Florent embrassait et baisait Florie depuis des mois, le vieux parlait toujours fort. Ils m’ont demandé quand j’aurai le fric de l’héritage, je leur ai dit bientôt et puis on a beaucoup parlé, de ce qu’ils avaient vu sur You Tube ou ailleurs, de l’actualité selon les termes des journaux, puis on a affirmé que le président était un pourri avant de refaire le monde à la manière des autres. On a rien dit. Le vieux s’est plaint en disant qu’on ne communiquait plus. Antoine lui a répondu que si mais qu’on avait plus rien à communiquer, j’ai dit que j’étais d’accord. Le vieux à dit que ça revenait au même, vu qu’il ne se passait plus rien de toute façon. Cinq minutes après, ils étaient partis, Florent n’avait pas parlé mais tenait fermement le cul de Florie, qui m’a fait un grand sourire. Je suis resté. Ils reviendront quand même demain, pour la même chose. J’ai recommandé une bière, j’ai allumé mon iPod, je suis sorti fumer, je suis rentré pour boire et je me suis barré. Dehors, il y avait encore de la brume, mais c’était toujours plus espacé que dans ma tête. Je me suis demandé jusqu’à quand je pourrai continuer comme ça, puis je suis rentré. Chez moi cette brume s’était un peu effacé, ça me donnait plus de place, elle me faisait me sentir petit par rapport à tout ça. J’ai décidé d’écrire mais je me suis rendu compte que je n’avais rien à dire là non plus. La mort de maman, c’était trop classique. Et puis je ne savais jamais m’y prendre correctement, j’avais la maladie du à quoi bon… 
  
            Maman était plus riche que je ne le pensais ; ça pouvait durer deux ans cette histoire, en y mettant un peu de bonne volonté. L’héritage m’a été viré, et alors je n’avais plus à travailler. La vie continuait toujours, je crois, et se succédaient bars et espaces vides. J’ai trouvé des nouvelles musiques pour mon iPod, ça changeait la BO de mon film perso. La page Word était toujours blanche, mais cela ne m’empêchait pas de me prétendre écrivain, ça me permettait de baiser quelquefois, et même souvent, ça avait de la gueule, un écrivain et de la gueule, j’en avais une, ça tombait bien. Si on me demandait de lire ce que je faisais, je prétextais un vide créatif, ça avait une certaine gueule aussi. A l’enterrement, une femme m’a demandé si je connaissais la défunte, j’ai dit non. Je n’aurais pas du dire ça, mais c’était vrai. Je ne connaissais réellement personne. Je lui ai dit que j’aimais bien les cérémonies et le son de l’orgue. Elle m’a regardé d’un air mauvais, je lui ai souris. Elle connaissait bien maman. 
  
            Tout a commencé au Monopole quelques semaines après, lorsque la discussion a dévié. La guerre était proche et nous on avait toujours été loin de tout ça,  du coup ça faisait bizarre. C’est moi qui baisais Florie maintenant, et Florent s’en foutait, c’est pour ça que c’était mon pote, on se comprenait sans rien dire. La Russie était ennemie de la nation mais j’ai dis que je n’avais aucune raison de leur en vouloir parce que j’aimais bien Tolstoï et Dostoïevski, autant que la vodka. Effraction de l’espace aérien européen par des drones, espionnage, tanks aux frontières et tout ça. On aurait dit un mauvais film d’action. La Chine  avait rejoint les Russes et ils étaient forts plus que nous. Pour moi, ils étaient petits, ils bossaient dans des faux restaurants japonais de sushi et habitaient tous dans le treizième. Le vieux a un peu bavé, c’était dégueulasse.  
  
- Qu’est ce qu’on fait ? a dit Antoine. J’ai répondu qu’on devrait commander encore un coup à boire pour commencer ;  tout le monde était d’accord. On a bu et bu encore, trois coup. Un à la santé de notre grande nation, un autre à la santé des Russes et un autre encore à la santé des Chinois. C’est ce qui faisait de nous des pacifistes, et donc je crois, des gens respectables. Le patron derrière le bar, un ancien punk qui maintenant avait un pavillon et ne parlait plus que de sa femme et de son chien nous a dit qu’il y avait une déclaration présidentielle à la télé. On a regardé, c’était peut-être important. Les autres étaient des terroristes, nous, une nation de liberté. Vu comme ça, c’était plus simple. J’ai décidé de m’engager, pour voir. Je n’en pouvais plus du Monopole. Le vieux bavait encore un peu en me regardant et a levé à sourcil quand j’ai dit aux autres ma résolution. C’était ce qu’il fallait dire cette fois, peut-être. J’aimais bien l’orgue, mais j’aimais aussi la trompette, militaire ou pas. On m’a dit qu’il n’y en avait plus, que ça me dépassait, que je n’étais pas sérieux, que je ressemblais trop à une fille pour faire un bon militaire, que je me ferai violer dans les douches. J’ai dit : cool. Je n’étais jamais sérieux. On m’a dit que la guerre, elle était sérieuse, elle. J’ai ris. 


 
            Le militaire était un peu rouge dans une nuance très entrecôte saignante, avec des cheveux poivre et sel. Il m’a regardé dans les yeux. 
  
- Pourquoi vous êtes ici ? 
- J’veux sauver la nation, et puis je n’ai rien d’autre à faire. 
- Chômeur ? 
-  Écrivain. 
- Pourquoi arrêter alors ? 
- Le vide créatif, vous savez... 


 
J’ai eu l’impression qu’il se foutait salement de ma gueule. Je lui donnais raison. 
  
- Quel âge vous avez?  
- 22. 
- Vous avez déjà travaillé pour l’armée ? 
- Non. 
- Allez passer les tests physiques. En cas de succès, nous nous reverrons. Bonne journée monsieur Adam ? 
- Bonne journée.  
- Appelez le candidat suivant, il a dit à la stagiaire qui baillait à côté de lui.  

            L’entretien avait duré deux minutes. Contre toute attente, j’ai été pris. On m’a dit plus d’alcool. Je serai bientôt affecté en Chine, et j’assurerai les communications radios avec d’autres types trop peu entraînés pour faire de bons soldats, comme moi. Tout ça avait fait rire Antoine. Moi militaire, c’était comme une princesse dans un bunker, on m’a dit. J’ai dit qu’il n’y avait plus de bunker. En fait, je n’en savais rien. Je ne suis pas rentré chez moi, je n'avais pas d'affaire. On nous a laissé une période pour dire au revoir à ceux qui comptait pour nous. Je suis allé sur les quais. Là, les figures passaient et les gosses criaient par vagues. Beaucoup de têtes et de gueules ouverte. Moi, je me suis mis sur des escaliers. A côté des mecs jouaient de la guitare, ils m’ont proposé une bière, j'ai accepté. On a parlé de la guerre, un mec en avait fait un morceau, un morceau sur la guerre. Il jouait bien, mais je n'entendais pas les paroles. C'est à eux que j'ai dis au revoir, ça donnait un sacré foutu côté lyrico-épique au truc. 
  
  
             
  
  
  
II. 
             
                       Frank n'était pas sortit de sa chambre, la 234, depuis maintenant deux jours. En caleçon, étendu sur le ventre dans son lit, il se faisait masser. Chinoise, la masseuse, une chinoise à poigne, sans le diffuseur de vapeur d'opium synthétique. Le Coral Strand Hôtel, près de Victoria sur l'archipel des Seychelles était un bâtiment ocre en béton à angles durs, recouvert de vitres fumées. Le bâtiment n'avait rien de plus que l'idée d'un hôtel, misant plus sur l'environnement de paradis pour occidentaux que sur lui-même. La 234, située près du système de ventilation, côté île, était une chambre de dernière minute. Chaleur lourde, perles de sueur et d'huile. La masseuse avait presque terminée, ses mains martelaient la peau blanchâtre  de Frank et toute imbibée désormais d'extraits de lotus blancs. Parfois il grognait. Elle est repartie ensuite, avec un bon pourboire, et deux yeux qui suivaient son cul. Frank devait rester ici quelques temps, éviter les troubles. Il prit alors un livre qu'il n'avait pas terminé pour le rejeter à nouveau trois minutes plus tard. Les histoires, il les oubliait vite, bien trop vite. Sa chambre comptait six murs, plus une baie vitrée et un balcon devant un mur, lui aussi et tous les murs de la pièce s'étaient entendus pour lui renvoyer à la gueule ses divagations, lorsqu'il chantait ou sifflait pour passer le temps. Comme dans un livre, elle n'était pas venue, tant pis, tant mieux, ça ne changerait rien à l'histoire. Elle était comment, d'ailleurs ? Grande, mince, sans poitrine, bien plus yang que yin. Bleus les yeux, comme les siens. On ne commencera pas avec des gémissements. Un homme seul dans sa chambre. Point.  
  
            Il se redressa le corps huilé en grinçant des dents, forme de tic qui le prenait souvent, puis retrouva sa position initiale, fixant le rien d’en face puis le rien d’à droite. A gauche il y avait un mur, ce n’était rien non plus mais il l’avait déjà trop vu ce mur de rien. Lentement lui vint un sourire, puis un rire nerveux. Il remit enfin sa chemise parce que c’était la première chose qui lui vint à l’esprit. C'était un mâle caucasien, la cinquantaine, les cheveux grisonnants rejetés en arrière. Il paraissait imposant, mais gras avec l'âge, sans que l'on puisse affirmer à coup sur s'il était gros ou fort. Un tatouage sur l'épaule, illisible. India de John Coltrane passait en boucle et emplissait la chambre depuis une heure, ce qui avait un peu fait chier la chinoise. Vingt heures, il se décida à sortir de sa chambre et à aller s'en griller une sur la plage, ce qui était une sorte d'évènement, et puis de commander des verres comme s'il était en vacances. Peut-être qu'ensuite il se donnerait l'air d'attendre quelqu'un ou quelque chose. Quelque chose devait toujours se produire à un moment ou à un autre, c'est pour ça qu'il avait prolongé son séjour malgré tout. Rentrer à Paris ? Non, il n'y avait rien de mieux à faire ici, mais au moins, il fuyait sa vie qui devenait triste et ridicule, le bar du Merle moqueur de la Butte-aux-Cailles, sa femme qui l'avait mis à la porte de chez lui et ses anciens amis dont il n'avait plus le numéro, tout au plus des amis Facebook. Un homme seul dans un hôtel et une île de l'océan indien. Point, toujours.  
  
            Un bar à cocktail donnait directement sur l'océan. Un Russe blanc, s'il vous plait, sans glaçon mais avec du lait froid, pas comme la dernière fois. Il s'appuya contre la balustrade, lui rouillé et elle rouillée, en se contenant dans un regard fixe sur le presque noir parce qu’encore la lumière d'un bateau de pêche, là-bas, ni près, ni loin. Ses yeux n'exprimaient rien. Trente ans de moins, la fille : c'était bien de l'avoir baisé avant, ainsi il n'avait aucun regret, à part celui de passer pour un vieux libidineux solitaire, là ou tout le monde passait sa lune de fiel. Il fallait bien partir, avant que la justice s'en mêle. Un serveur lui demanda si c'était OK pour lui. Bien sur que c'était OK, quoi d'autre ? Il tapota les trois doigts qui lui restaient à sa main droite contre la barre, sa bague teintant l'air d'une substance claire en sonnant sur le métal. Bague doigt-doigt bague,  bague doigt-doigt bague,  bague-doigt,  bague-doigt. Coup de verre sur la barre, ça sonnait brut, atmosphère géniale. A droite un groupe de rastas fumaient leur joint, il les aurait bien rejoint, mais avait peut de paraître trop vieux ou juste étrange et puis les utopies, il les avait laissé de côté, ce n'était plus le moment d'être con. Inconscient, ça, c'était encore acceptable par contre, un véritable art de vivre. Un mec, sur la plage, avec un oiseau, en contre-jour et en contre-nuit, et le bruit d'un groupe de militaires allemands en civil derrière lui, oui, faisant du bruit, le bruit de fond de sa propre musique. Le Russe blanc était bon, il aurait du sortir plus souvent, mais ne pas avoir à décliner d'une manière ou d'une autre son identité. C'était le risque s'il buvait trop. Encore de la sueur, il n'avait jamais vraiment supporté les climats tropicaux, mais sa vaine quête d'exotisme l'avait poussé à les accepter tels qu'ils étaient. 
  
            Comme il ne se passait rien du côté de l'océan, il se retourna vers le rien qui lui tournait le dos, au risque de se prendre des regards. La serveuse locale était bonne, une longue fille ébène aux  jambes fermes, marquées, qui devaient frémir pendant l'amour, et peut-être que ça s'achetait, ça. Ou que ça se louait. Oui, ça devait se louer. Derrière le bar en bois imbibé et collant depuis au moins une trentaine d'année, la télévision montrait des tanks et un dictateur quelconque. C'était naturel. La lune était une vraie beauté ce soir, comme l'île qui résonnait au cri des chauves souris, vampires débonnaires s'attaquant au bétail beuglant, partout, et ailleurs aussi. Demain, il sortirait de l'hôtel, peut-être, tant qu'il ne sortait pas de l’île tout irait bien. Un autre serveur lui demanda encore si c'était OK pour lui et ça l'était toujours. Frank rentra ensuite dans sa chambre pour lire cette fiction en trop, rituel qui achevait sa journée avant de l'oublier. Nuit calme, troublée uniquement par un moustique buté d'un coup de journal, périodique qui titrait sur une révolte, tâche rouge et noire auréolée de morceaux d'ailes d'insecte sur le visage du leader.  
  
            Il se leva en fin de matinée et commanda son petit déjeuner dans sa chambre, dans son lit, face au mur. Chez lui, il avait eu une horloge en plastique verte en forme de tête de chat ridicule, offerte par sa fille. Son clic-clac continu l'avait poussé à l'exploser contre le sol. Le début des tensions, avant qu'il commence à boire. Maintenant, il avait plus ou moins arrêté, mais entendait encore parfois le décompte des secondes sans même être bourré. Tout ça pour un cadeau à la con. Il soupira. Ce n'était rien, un soupir, rien de plus qu'une respiration calculé et alors il se décida à étaler de la confiture de fraise sur sa biscotte, en plus du beurre. Ici, il n'y avait pas d'horloge, l'île n'avait pas d'heure, ici la division du temps se cantonnait à la période diurne puis à la période nocturne, à moins que ce ne soit l'inverse. C'est peut-être pour cela aussi qu'il restait, il n'avait pas l'impression de perdre ce temps même si celui-ci filait surement ailleurs inexorablement dans une capitale ou une autre. Pour que le temps passe, il fallait un trafic, un éclairage électrique qui s'allumait puis s'éteignait, des ponts pour que l'eau passe dessous. Ici rien de tout ça et c'était bon. C’était l’ailleurs. Après la biscotte qui craquait, le café soluble en échantillons gratuits qui trainait sur un des bahuts de la chambre, c'était le silence, un silence d'île, un silence qui n'avait jamais crié faute d'autres terres à l'horizon. L'exil reprenait sa place. Dans le journal aujourd'hui, l'annexion d'un pays trop loin derrière l'océan pour que ça ait d’autre importance que celle que l'on prétend donner à l'évènement lorsque l'on est avec d'autres êtres humains, la compassion à la commande. Jus de papaye, jus de goyave, puis deux croissants. Les guerres lointaines, ça creuse.  
  
            Les journées défilaient lentement, une vitesse de croisière, chaleur des tropiques. Qu'est ce qu'il ferait aujourd'hui ? Il s'était promis hier soir de sortir de l'hôtel, alors va. L'île était une forme de dorsale de roches et de forêts humides. Peu de plage, mais beaucoup de rochers isolés, idéal pour les reptiles de son genre. Ramper, oui, c'était ce qu'il avait fait de mieux toute sa vie, ramper au soleil, se contenter de tirer la langue pour attraper ce qui passait à sa portée.  
  
            Dehors, de minces routes serpentaient entre des forêts aux allures préhistoriques. En bon fossile, il irait surement les saluer, s'il en avait l'occasion, pour se poser au milieu des geckos et des fougères. Quelques minutes de taxi plus tard, c'est là qu'on le retrouvait, dans un parc naturel protégé. On ne savait ce qu'il regardait mais il sembler regarder en tout cas, et son corps courbé se balançait, animal hébété, sans changer sa tête de place. Autours le vent salé d’une fin d’après midi à la mer qui sentait l’algue longue et verte, du genre de celles qui qui se complaisaient dans le sable et le pétrole, trompant l'odeur de la terre et des fossiles. Il avait hésité longtemps avant d’enlever son haut, une chemise blanche en lin qu’il tenait gauchement contre son ventre. Encore ces chauves-souris, plus haut, et en pleine journée en plus, c'était strident. Il avait l'impression de pouvoir entendre leurs ultrasons. L'île avait cette forme de résonnance palpable à cause des chauves souris et de l'humidité. 
  
             C'était le calme, le trop plein et marche à l'ombre. Chair toujours et encore rouge. Du rouge et de la terre, de la sueur. Il y avait ici un grand mélange d'espèce, dont certaine qui ne se trouvaient que sur l'île. Caméléons tigres, coco-plumes, le gecko de bronze et le pigeon bleu, le Frank Nomanski. Vent d'ouest, vent d'ouest, et encore vent d'ouest. Il restait quatre heures avant la fermeture du parc, désormais classé par le patrimoine mondial, vous et moi, protégeant les espèces, toxiques ou non, de ce monde en perdition. 
             
  
  
  
  
  
  
  
             
             
             
             
  
             
  


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