Quand j'étais appelé.

 
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    Quand j'étais quoi ? Index du Forum -> quand j'étais quoi ? -> Écrivez-ici.
Sujet précédent :: Sujet suivant  
Auteur Message
yves tenret


Hors ligne

Inscrit le: 13 Oct 2014
Messages: 140
Localisation: paris

MessagePosté le: Lun 10 Nov - 18:02 (2014)    Sujet du message: Quand j'étais appelé. Répondre en citant

Quand j’étais appelé.
 
J’ai beaucoup d’amitié pour les gens doux et calme, pour les archivistes et les bibliothécaires, pour ceux qui préfèrent rêver leur vie plutôt que de la vivre, ou qui préfèrent la classer, l’archiver et c’est bien ce que je fais ici, à grands coup de Dog Martin’s à bout ferré, faire rentrer dans les tiroirs de ma mémoire des bribes de Tenret abandonnés. Il y en a tant, de ces Tenret ! Tant et tant. De tous les âges. Et j’ai failli écrire : de tous les sexes. En tout cas, au moins, six, sept Tenret différents. Et j’ai fait un lapsus et je viens de le corriger. Au lieu de « vivre », j’avais écrit « livre » ! Et aussi, à la place de « tant », j’avais écrit « temps ». Mais là, on s’égare… On bave… On mendie… 
  
Ce Tenret là, je le vois en short, il est maigre, très maigre, et c’est bizarre, pendant un court instant, il est heureux, très heureux. Il a vu le film avant de faire son service militaire mais là, il n’est pas dans un film, il est en short, il court, la forêt est noire, le jour n’est pas prêt de se lever, il court dans la neige, il est au centre du peloton, personne ne fait attention à lui et il est heureux. C’est son corps qui lui donne cette satisfaction. 
Il est seul, il court, c’est une biche, un faon, ses grosses bottines écrasent le sol en une souple cadence, un crissement lumineux, jamais, même dans les plus folles de ses hallucinations, il n’aurait pu imaginer qu’un jour, dans un bois, à la lisière de Cologne, dans le land de la Rhénanie-du-Nord, intégré au forces de l’OTAN, il foulerait, tel un athlète noir à Mexico, avant même le lever du jour, des souilles de marcassins, comme il le faisait enfant, dans la forêt, dans les Ardennes, avec Riga, son grand chien noir. 
  
Après, tout va très vite très mal tourner et il sera obligé de se suicider. Le commandant du bloc l’a convoqué dans son bureau. 
- Alors soldat Tenret, on m’a traité d’enculé ? Est-ce vrai que vous l’avez fait ? 
Que répondre à ça ? Je regarde mes grolles. Qui dans notre dortoir est allé baver ? 
- Je vois que vous étiez artiste peintre avant d’être appelé. C’est très bien. Mais ici vous n’êtes pas dans la vie civile. Quand on rentre dans l’armée, on s’y intègre. Soldat Tenret, que feriez vous si votre pays était attaqué par des forces étrangères ? 
Je regarde sa cravate kaki. Et puis merde ! 
- Écoutez si on vous l’a répété, c’est sans doute que c’est vrai que je l’ai dit et si je l’ai dit, c’est vraisemblablement que je le pensais. Et, je n’y peux rien mais c’est comme ça : je ne me sens pas plus belge qu’esquimaux. 
- Vous mesurez le sens de ce que vous me dites ? Vous savez que je vais vous envoyer au cachot et pour plusieurs jours et que cette condamnation figurera sur votre livret militaire et que votre livret militaire vous sera demandé par vos futurs employeurs. C’est tout votre avenir que vous engagez là. Vous le savez ? Vous mesurez bien l’importance de ce qui se passe ici ? 
  
Putain le bouffon, j’ai fait dix ans d’internat, y croit quoi que je débute dans le genre, que c’est mon premier show, que ce pas de deux, je ne l’ai jamais dansé avant ? Vas y, vas y, cogne, qu’est-ce que t’attend ? Je suis tout seul et t’as toute l’armée belge derrière toi. 
  
J’ai pris quatre jours. C’était plutôt sympa. Juste avant que j’arrive, y avait un pioupiou qui s’était tranché les veines et ils l’avaient retrouvés complètement vidé de son sang et ils étaient un peu flippés, comme encore sous le choc, alors j’ai pu avoir deux couvertures au lieu d’une et les garder aussi pendant la journée et me coucher quand je voulais et écrire autant que je voulais et j’ai écrit plein de lettres, à Nicole, à Roland de Bruges, et à encore deux, trois autres personnes. 
  
Je venais de passer un long moment chez Roland, dans son petit bled catho et réac, et on s’était tout dit, qui tu baises, et comment tu dragues, tout quoi, bon, c’est surtout lui qui avait parlé, parce que moi à part Nicole tous les soirs juste avant de m’endormir, mon expérience était quasi inexistante, deux, trois fiascos, des moments de désespoir, pas grand chose à raconter mais j’avais beaucoup lu Henry Miller, et d’ailleurs au Welkom, Patrick qui avait déjà pas mal voyagé et qui nous apprenait plein de chose, sur la bouffe et la musique dans les autres pays, ses parents étaient prof au Conservatoire à Anvers, Patrick donc m’avait dit : 
- Yves, tu seras le nouveau Miller. Tu écriras ton premier livre à 50 ans. 
  
Et c’est ainsi qu’à Rolland, j’avais écrit sur six pages détaillant, en une longue description, triviale et carrément masturbatoire, certains de mes phantasmes sexuels. C’était une vraie fiction, comme une petite nouvelle. J’étais employé de bureau et je me tapais l’une de mes collègues sur mon lieu de travail quand tous les autres étaient partis. Comme ma mère quand j’étais petit, cette collègue portait des bas-jarretelles et ça me rendait fou et je jouissais tout de suite et c’était un peu collant et elle faisait la moue… 
  
  
7h43 – 8h28 


Revenir en haut
Publicité






MessagePosté le: Lun 10 Nov - 18:02 (2014)    Sujet du message: Publicité

PublicitéSupprimer les publicités ?
Revenir en haut
alain freudiger


Hors ligne

Inscrit le: 20 Oct 2014
Messages: 22

MessagePosté le: Lun 10 Nov - 22:54 (2014)    Sujet du message: Quand j'étais appelé. Répondre en citant

Mais c'est très bon ce texte! A mon sens il faudrait juste supprimer ce passage qui nuit au rythme et au ton:

"Que répondre à ça ? Je regarde mes grolles. Qui dans notre dortoir est allé baver ? 
- Je vois que vous étiez artiste peintre avant d’être appelé. C’est très bien. Mais ici vous n’êtes pas dans la vie civile. Quand on rentre dans l’armée, on s’y intègre. Soldat Tenret, que feriez vous si votre pays était attaqué par des forces étrangères ? 
Je regarde sa cravate kaki. Et puis merde ! 
- Écoutez si on vous l’a répété, c’est sans doute que c’est vrai que je l’ai dit et si je l’ai dit, c’est vraisemblablement que je le pensais. Et, je n’y peux rien mais c’est comme ça : je ne me sens pas plus belge qu’esquimaux. 
- Vous mesurez le sens de ce que vous me dites ? Vous savez que je vais vous envoyer au cachot et pour plusieurs jours et que cette condamnation figurera sur votre livret militaire et que votre livret militaire vous sera demandé par vos futurs employeurs. C’est tout votre avenir que vous engagez là. Vous le savez ? Vous mesurez bien l’importance de ce qui se passe ici ? 
  
Putain le bouffon, j’ai fait dix ans d’internat, y croit quoi que je débute dans le genre, que c’est mon premier show, que ce pas de deux, je ne l’ai jamais dansé avant ? Vas y, vas y, cogne, qu’est-ce que t’attend ? Je suis tout seul et t’as toute l’armée belge derrière toi. "

Et ce sera parfait.


Revenir en haut
Contenu Sponsorisé






MessagePosté le: Aujourd’hui à 22:29 (2018)    Sujet du message: Quand j'étais appelé.

Revenir en haut
Montrer les messages depuis:   
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    Quand j'étais quoi ? Index du Forum -> quand j'étais quoi ? -> Écrivez-ici. Toutes les heures sont au format GMT + 2 Heures
Page 1 sur 1

 
Sauter vers:  
Index | Panneau d’administration | Creer un forum | Forum gratuit d’entraide | Annuaire des forums gratuits | Signaler une violation | Conditions générales d'utilisation
Powered By phpBB © 2001, 2018 phpBB Group
Designed By ArmandoLopez