Quand un gameur.

 
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yves tenret


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MessagePosté le: Mer 12 Nov - 19:15 (2014)    Sujet du message: Quand un gameur. Répondre en citant

Quand j’étais gameur.
 
Je me dis là, je vais bien. Je ne lis plus…  Après un mois d’hôpital psychiatrique militaire dans le grand dortoir sécurisée, toujours fermé à clefs, ouvrant par un sas, j’avais donc fini par réussir à me faire vider de l’armée et j’étais retourner dormir sur le canapé dans le salon chez mes grands-parents. 
  
C’était là qu’était ma bibliothèque et où ma bibliothèque était, je me devais d’être. 
  
Qui a lu, lira mais je ne lisais pas et là ça n’allait pas. Comme quoi… Ce n’est pas tout ceci ou tout cela, la jouer petits bras ou se faire tout un cinéma. Mais que faisais-tu  alors ? allez-vous me demander vous sentant soudainement autorisé à me tutoyer par rapport à mon jeune âge d’alors et les mœurs paternalistes qui régnaient encore en ces temps-là. Alors je crois qu’il vaut mieux que je vous le dise dès à présent, arrêtez ça tout de suite ou vous aurez à faire avec Maïté et là, je vous préviens, ça risque de ne pas trop rigoler. 
Je dormais à Berchem, mon grand-père un grand verre de jus d’orange à la main, me réveillait, on parlait un peu et je partais au centre ville, près de la Grand Place, pour ceux qui connaissent, au Welkom à la Petite Rue des Bouchers et là, je jouais au ramis-bridge, ça se jour avec deux jeux de 54 cartes dont 4 jokers et je gagnais de quoi boire des yaourts grenadine et de quoi manger des spaghettis bolognaises. 
  
Mon beau père, l’Arménien, tenait une table de poker dans l’arrière-salle d’un café à côté de la Bourse et moi, je plumais ceux qu’il me laissait. Mais non ! Il n’y avait aucun rapport entre ses deux mondes, le sien, tout fait de frime et d’hommes d’affaire égarés et le notre, tissé de marginaux, et rentrer tous les soirs à Berchem est vite devenu un problème plutôt qu’une solution. 
  
Pendant mes six mois d’armée en Allemagne et mon mois chez les fous en Flandres, une de mes vieilles copines avait changé d’orientations sexuelles. Mania avait quitté Marcel, vivait je ne sais pas où, avec je ne sais pas qui – ça changeait tout le temps – et voyant mon désarroi, elle me présenta à une grande fille, froide et sèche, en lui demandant de s’occuper de moi. Anne habitait à deux pas de là, à cent mètres du Welkom, vraiment tout prêt, au fond de l’impasse de la Fidélité – ça c’est le détail qui tue, je sais, je sais. 
  
L’appartement était grand, sous les toits, un plancher en bois, une lourde charpente de même, un lit géant, une cuisine, une grande table, des bouteilles vides, une cuisinière et moi à l’entrée, dans une pièce minuscule, dans un lit d’une personne, dormant là, avec juste un cahier d’écolier et deux trois livres posés sur la tablette de bois le long de la fenêtre. 
  
Et les mecs me disaient : - Qu’est-ce qu’elles font ? Qu’est-ce qu’elles font ? 
Et je ne répondais pas. Au Welkom, les filles avaient copieusement insultés un type de passage qui m’avaient traité de fils de pute et de ce qu’elles faisaient ou ne faisaient pas, je ne m’en souciais guère. 
  
Jeanne Gaëtan chantait, elle m’avait dit : - Je n’y arrive pas. Toi, tu sais à faire la manche. Moi, je n’arrive pas à passer avec le chapeau. Toi, t’as fait des craies, tu connais ça, viens avec moi, on partagera, moitié-moitié, si ça te va. 
J’adorai ça. On entrait, je demandais au patron ou à la patronne, Anne accordait sa guitare, et puis, pathos souverain, sa voix profonde, large, à la diction parfaite, imposait, de proche en proche, des vagues de silence, et j’enlevais mon chapeau de Charlot, mes longs cheveux blonds tombaient en cascades sur mes épaules faméliques, et je passais entre les gens qui tous donnaient, les uns des pièces, les autres, un billet. 
  
Ce ne sont pas les brasseries qui manquaient et donc, je vivais là, Mania avait dit à Anne que j’étais écrivain et un jour, alors que je n’étais là, elle avait regardé dans mon cahier et ce qu’elle y avait vu et lu lui avait donné envie de me mettre dehors à l’instant : du charabias, une ou plusieurs fautes à tous les mots, la description bâclée d’une interminable partie de cartes, elle, elle écrivait comme Aragon, elle était la réincarnation d’Elsa Triolet et moi, je n’écrivais pas, elle, elle vivait et avec Nounours, sa copine, barmaid dans un autre café de la rue des Petits-Bouchers, il m’arrivait en rentrant tard de les retrouver dans l’escalier, se menaçant l’une l’autre, qui armée d’un pic à glace, qui prête à lancer son gros pavé ramassé dans la rue et ils leur arrivaient aussi d’être plus partageuses, cinq, six, pour un sabbat d’enfer et moi je stagnais, je végétais - qu’allaient-elles faire de moi ? 
  
Quand Anne me l’avait demandé, j’avais acquiescé. Nounours et elle voulaient un enfant. Son corps m’avait semblé gris et blanc, confiné, étriqué, respirant mal – un coup de trique. Mais j’avais bandé ! Éjaculé ! Fécondé ! Non, bien sûr, fécondé, non, ça n’a pas marché et plus triste, tu meurs et Anne m’a quand même mis, peu après, à la porte, et je ne voulais pas revivre avec Nicole et je voyais des cartes à jouer en dormant et je déprimais et je devenais amer et puis il y a eu Irène et je suis parti en Israël et je ne suis jamais revenu. 
  
7h29 – 8h29 


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MessagePosté le: Mer 12 Nov - 19:15 (2014)    Sujet du message: Publicité

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alain freudiger


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Inscrit le: 20 Oct 2014
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MessagePosté le: Jeu 13 Nov - 21:07 (2014)    Sujet du message: Quand un gameur. Répondre en citant

Elle est dingue la photo de ton profil. Mais qui, mais qui prend toutes ces photos de ton passé?

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yves tenret


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Inscrit le: 13 Oct 2014
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MessagePosté le: Jeu 13 Nov - 23:08 (2014)    Sujet du message: Quand un gameur. Répondre en citant

ça, la photo de mon profil, c'est dans un film de véronique goël. et philo I est sur Fémur maintenant, donc photos, Marc Pahud, un lausannois. Je suis photogénique, les gens aiment me prendre en photo. Moi, je n'ai jamais fait de photo (sauf maintenant avec mon Mac). 

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yves tenret


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MessagePosté le: Ven 14 Nov - 00:08 (2014)    Sujet du message: Quand un gameur. Répondre en citant

http://www.veronique-goel.net/precis.htm


http://www.veronique-goel.net/autreete.htm


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MessagePosté le: Aujourd’hui à 10:58 (2018)    Sujet du message: Quand un gameur.

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